Le disque
En bref
- Artiste
- Faust
- Sortie
- 1997
- Film
- Nosferatu (F. W. Murnau, 1922)
- Programme CD
- Six pistes, environ 72 minutes
- Label
- Klangbad
- Production
- Hans Joachim Irmler / Southend Studios
Pourquoi cet album compte
Le cinéma muet met en mouvement une nouvelle formation de Faust
Faust Wakes Nosferatu démontre que le groupe reformé pouvait construire une œuvre nouvelle autour d’une structure extérieure exigeante sans devenir un simple gardien de son propre héritage. Les musiciens répondent au Nosferatu muet de Murnau par une longue improvisation qui épouse l’atmosphère et la progression narrative du film plutôt que de synchroniser une partition orchestrale conventionnelle. L’orgue distordu de Hans Joachim Irmler fournit un vaste socle émotionnel, tandis que la batterie, la voix et les matériaux frappés de Werner Diermaier rendent le danger physiquement immédiat. Guitares, basse, cithare, bourdons et matériel industriel élargissent le son au-delà des membres originaux encore présents.
Les six pièces du CD passent du départ à la confusion, puis à la télépathie, au conflit, au désastre qui se propage et enfin à la décision, donnant à cette longue performance un arc dramatique lisible. Son importance est également discographique : l’édition vinyle contient sept pièces entièrement différentes et une autre pochette, et non de simples versions raccourcies des bandes du CD. Cette distinction évite l’erreur courante qui consiste à fusionner les titres de deux programmes incompatibles en un album définitif imaginaire. Le projet compte parce que son dialogue avec un film de 1922 produit un Faust contemporain des années 1990 — dense, improvisé et industriel — au lieu de tenter de recréer 1971.
1997
La reformation entre dans l’ombre de Murnau
Faust revient sur scène vers 1990 après la longue période d’inactivité du groupe original, ses membres fondateurs apparaissant dans des configurations de reformation changeantes. Au milieu des années 1990, Hans Joachim Irmler et Werner Diermaier occupent de nouveau une place centrale, rejoints notamment par Steven Wray Lobdell, Michael Stoll et Lars Paukstat.
Le projet Nosferatu se développe comme accompagnement en direct du film muet de F. W. Murnau sorti en 1922.
Diermaier expliquera plus tard avoir appris le texte des intertitres, absorbé l’atmosphère du film et improvisé en ne regardant l’écran que par intermittence. Des fragments parlés sont montés dans l’œuvre enregistrée, reliant l’action en direct à une mise en forme ultérieure en studio. Klangbad publie le principal CD de six pistes en 1997, avec un mixage en direct de Maggie Thomas et une postproduction d’Irmler assisté de Norman Meiritz.
L’ensemble documenté réunit Diermaier, Irmler, Lobdell, Stoll et Paukstat ; d’autres relevés de crédits mentionnent également Thomas E. Martin.
Une version vinyle paraît avec un programme différent de sept pistes : le choix du format relève donc de l’histoire de l’œuvre, et non d’une simple préférence de mastering.
Faust à l’ère Irmler
Orgue, batterie et ensemble industriel élargi
L’orgue d’Irmler ne se comporte pas comme un accompagnement de clavier ; sa distorsion soutenue peut faire office d’architecture, de climat et de pression narrative. Diermaier passe de la batterie au métal puis à la voix, rendant le geste corporel audible même lorsque l’ensemble devient un bourdon presque continu. La guitare de Lobdell occupe les registres médian et aigu par le raclement, le larsen et des transitions affûtées plutôt que par des solos conventionnels. Les basses fréquences de Stoll donnent à la musique une masse qui peut sembler processionnelle ou physiquement menaçante.
La cithare et les percussions de Paukstat introduisent des attaques cassantes qui restent identifiables au sein de couches amplifiées denses. Les crédits de Martin à la guitare et aux bourdons élargissent la palette enregistrée, tandis que son rôle graphique relie le son à l’édition physique. Thomas capte en direct un équilibre dont les extrêmes vont de textures calmes et suspendues à des pointes de volume industriel. Irmler et Meiritz façonnent ce matériau après la performance sans transformer son rythme spontané en bande-son polie et métronomique.
Musique de film en direct
Bourdon distordu, métal frappé et souffle instable
Le programme du CD commence par un champ de vingt-deux minutes où orgue, vibration grave, percussions et guitare instaurent le mouvement par la pression plutôt que par le tempo. Des attaques mécaniques ou métalliques produisent des événements aux sensations visuelles même en l’absence du film. Verwirrung conserve une longue durée, mais modifie l’espace apparent par les bourdons, une pulsation interrompue et des voix qui surgissent comme des résidus narratifs déplacés. Telepathia est plus courte et plus concentrée, créant la communication par des timbres qui se répondent plutôt que par la mélodie.
Kampf der Mächte comprime le conflit dans l’intervention de l’ensemble complet la plus brève de l’album. Das Unheil breitet sich aus reprend de l’ampleur et transforme, par accumulation, la calamité annoncée par le titre en processus formel. Die Entscheidung conclut par des changements de poids décisifs plutôt que par un thème héroïque de résolution. Sur tout le disque, l’improvisation s’organise selon la mémoire des images et l’état dramatique : la partition respire avec le film, tout en restant cohérente comme son abstrait.
Guide des pistes du CD
Six mouvements sur CD, de la Roumanie à la décision
Aufbruch nach Rumänien
Le plus long mouvement présente le départ comme un engagement progressif. Le bourdon d’orgue et les basses fréquences dessinent un paysage avant que la batterie, le métal et la guitare ne rendent le mouvement tangible. Au lieu d’illustrer le voyage par un rythme régulier, l’ensemble modifie sa densité, donnant au trajet une instabilité perceptible dès le premier pas. La présence parlée ou vocale de Diermaier relie le son au monde textuel du film muet sans raconter chaque scène. L’ampleur de la piste permet aux interprètes de découvrir les proportions en temps réel et établit les règles du CD entier.
Verwirrung
La confusion naît de couches concurrentes, de brusques changements de point focal et de sons dont la source reste difficile à situer. L’orgue d’Irmler peut dominer l’horizon puis se retirer derrière les perturbations des percussions ou de la guitare. Le mouvement dure plus de dix-huit minutes : la désorientation ne signifie donc pas une vitesse arbitraire, mais devient un état prolongé. Les timbres répétés offrent des repères partiels, tandis que l’absence d’un guide mélodique stable maintient l’auditeur dans l’incertitude.
Telepathia
Une forme plus courte porte davantage l’attention sur l’échange. Les sons se répondent à travers les registres et les distances, suggérant une communication sans que les mots transmettent un message complet. Les attaques cassantes des cordes ou des percussions s’opposent aux longues tenues de l’orgue et de la guitare. Le titre fournit un cadre psychique adapté à l’emprise de Nosferatu, mais la musique évite d’assigner littéralement les sons aux personnages. Sa fonction est de resserrer l’échelle après deux immenses mouvements d’ouverture tout en préservant la tension.
Kampf der Mächte
La bataille des puissances est le conflit nommé le plus compact du CD. La batterie et les textures amplifiées produisent une force directe, tandis que les couches soutenues concurrentes empêchent l’un des camps de paraître victorieux. Le mouvement agit par confrontation plutôt que par une succession de signaux d’action cinématographique. Sa brièveté compte : après près de quarante-sept minutes de lente évolution, un impact concentré peut s’imposer comme événement décisif sans exiger de sommet conventionnel.
Das Unheil breitet sich aus
La calamité se propage par accumulation. Le son grave, la pression de l’orgue et les détails métalliques occupent un espace croissant, rendant l’expansion audible au lieu de la laisser simplement décrite par le titre. L’ensemble conserve des intervalles plus calmes, si bien que les nouvelles entrées ressemblent à une contamination franchissant une limite. Les douze minutes du mouvement retrouvent l’échelle patiente de l’ouverture, mais l’orientent vers les conséquences plutôt que vers le départ.
Die Entscheidung
La décision finale ne fournit pas de cadence triomphale. Gestes rythmiques, bourdons et guitare convergent, se séparent puis avancent vers une fin dont le poids vient de l’engagement plutôt que d’une résolution tonale. Le contexte du film invite à une lecture fatale, mais le son reste suffisamment abstrait pour exister hors d’une scène précise. En tant que sixième étape, elle achève une suite claire faite de départ, désordre, contact, lutte et désastre, tout en laissant visibles les contours de l’improvisation.
Arc de Nosferatu
Voyage, confusion et calamité qui se propage
Les titres du CD suivent une progression dramatique liée à Nosferatu sans servir d’index précis des scènes. Le départ pour la Roumanie amorce l’entrée dans un monde où l’orientation ordinaire ne fonctionne plus. Confusion et télépathie déplacent le danger de la géographie vers la perception et l’influence. La bataille nomme directement le conflit, tandis que la calamité qui se propage rend la menace environnementale plutôt qu’individuelle.
La décision ferme la chaîne sans que son titre n’en révèle le sens moral. Le film de Murnau offre des images de peste, de désir, de voyage et de coercition surnaturelle ; Faust traduit ces pressions en échelle, en texture et en geste physique. Les fragments parlés des intertitres permettent au texte du cinéma muet d’entrer dans la musique sans transformer l’album en adaptation racontée. Il en résulte une œuvre compagne : liée à la séquence du film, mais sans prétendre remplacer ni résumer musicalement chaque plan.
Klangbad
Deux programmes, deux pochettes, aucune édition interchangeable
Le CD Klangbad présente le programme de six mouvements comme un long compagnon du film. Sa pochette diffère de celle du vinyle ultérieur, confirmant que les formats constituent des constructions d’album séparées.
Thomas E. Martin est crédité pour l’illustration et la conception de la pochette, en plus de ses rôles sonores.
L’imagerie emploie l’obscurité et des rapports déformés entre figure et fond, adaptés à un projet construit autour de l’ombre, de la projection et de corps instables. La présentation artisanale du vinyle en pochette triple en fait un objet visuel distinct autant qu’un programme musical séparé. Les collectionneurs ne peuvent déduire le contenu du seul format sans vérifier la liste des pistes.
Les rééditions qui reprennent les titres du CD correspondent à la séquence de soixante-douze minutes étudiée dans le guide principal. La leçon offerte par le conditionnement est exceptionnellement importante : pochette, durée et titres différents établissent ensemble l’identité de l’édition.
Accompagnement de film
Klangbad transforme un projet cinématographique en direct en album
Klangbad publie Faust Wakes Nosferatu en 1997 sous le nom du groupe reformé. L’album naît d’une pratique d’accompagnement cinématographique en direct plutôt que d’une séance conventionnelle d’écriture de chansons. Ses six longs mouvements sur CD demandent à l’auditeur d’accepter un rythme cinématographique même en l’absence d’écran. Les descriptions contemporaines soulignent l’intensité physique des performances, qui mobilisent électronique sale, percussions, guitares et matériel industriel.
Certains spectateurs surtout venus pour le film auraient trouvé l’attaque scénique agressive, tandis que le public de Faust découvrait un groupe poursuivant une œuvre nouvelle plutôt que rejouant son catalogue Polydor. Aucune affirmation sur les classements ou les ventes n’est avancée ici, faute de documentation fiable. Le projet reste lié à l’identité de l’ère Klangbad qui mène à Ravvivando. Des performances ultérieures et l’objet vinyle prolongent le concept tout en compliquant l’idée d’un album de bande originale définitif.
Ère de la reformation
Un Faust des années 1990 qui refuse la nostalgie
Faust Wakes Nosferatu occupe une place particulière parmi les partitions alternatives pour le cinéma muet. Il montre comment des improvisateurs peuvent suivre l’image, les intertitres et une atmosphère mémorisée sans réduire la musique à une illustration continue. Le projet contribue à définir la phase Irmler–Diermaier comme celle d’un ensemble contemporain actif, doté de son propre équilibre entre industriel et ambient. Sa mise en scène physique — outils, métal, batterie, guitare et orgue sous un écran — intègre le spectacle de la performance à la réception de la partition.
Les deux éditions audio incompatibles résistent à l’attente moderne selon laquelle le vinyle ne serait qu’un contenant plus court pour le master du CD. Cette complication a provoqué des erreurs de catalogage, mais préserve aussi plusieurs résultats d’un processus fondé sur l’improvisation. Les longs arcs du CD restent la meilleure porte d’entrée dans la séquence narrative en six titres ; le vinyle propose une œuvre véritablement alternative. Son héritage n’est pas une partition de remplacement définitive pour Murnau, mais la preuve que le film peut susciter chez Faust un langage radicalement nouveau.
CD contre vinyle
Choisissez le CD ou le vinyle avant de comparer les pistes
Le guide principal suit la séquence de six pistes du CD. Le vinyle contient sept enregistrements entièrement différents et dure environ trente-six minutes. Les titres du CD commencent par Aufbruch nach Rumänien et se terminent par Die Entscheidung. Ceux du vinyle commencent par Abgründe et se terminent par Todesschiff.
La pochette diffère elle aussi entre les deux programmes. Diermaier contribue au chant ; une classification instrumentale est donc incorrecte. Les descriptions des performances en direct ne doivent pas être automatiquement attribuées à chaque détail de l’un ou l’autre master. Il faut toujours identifier le format avant de citer un titre, une durée ou une séquence.
Un parcours d’écoute
Entendre le film sans avoir besoin de l’image
- Choisissez d’abord le CD et accordez au mouvement d’ouverture toute son ampleur progressive.
- Suivez séparément l’orgue et la masse des basses fréquences, d’une part, les attaques métalliques, d’autre part.
- Considérez Telepathia comme la réduction centrale de durée.
- Entendez Kampf der Mächte comme un conflit concentré, non comme un long mouvement manquant.
- Suivez la calamité par son accumulation dans la cinquième piste.
- Terminez la séquence en six parties avant d’écouter l’alternative vinyle.
- Comparez les formats par leur architecture dramatique au lieu de chercher des versions correspondantes.
Pistes de recherche
Sources et lectures complémentaires
- Histoire officielle, crédits et programme de Faust Wakes Nosferatu chez Klangbad — Klangbad
- Programme du CD Faust Wakes Nosferatu et crédits détaillés — AllMusic
- Fiche numérique autorisée de Wakes Nosferatu en six pistes — Apple Music
- Entretien avec Werner Diermaier sur la méthode de performance de Nosferatu — Perfect Sound Forever
- Histoire de Faust et contexte des formations ultérieures — Faust