Aller au contenu Faust — Krautrock / Avant-garde
Krautrock

Faust

Bande magnétique, répétition, bruit et fragments de chanson traités comme des matériaux égaux au sein d’un studio résidentiel.

Wümme, Basse-SaxeOrigine
1971–1975 ; réunion à partir de 1990Histoire
Rock expérimental / KrautrockGenre
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Vue d’ensemble

Faust ne naît pas dans le circuit traditionnel des clubs, mais dans un environnement de travail. En 1971, le producteur et journaliste Uwe Nettelbeck réunit six musiciens dans une ancienne école à Wümme, où l’ingénieur du son Kurt Graupner contribue à faire du studio résidentiel une partie de l’ensemble. Jeu, enregistrement, montage et réécoute appartiennent au même processus.

Les quatre premières parutions montrent à quelle vitesse ce processus change de forme. Faust construit trois longues pièces à partir de chansons, de montages et de collisions abruptes ; So Far condense la méthode en neuf pistes distinctes ; The Faust Tapes remodèle deux années d’enregistrements de Wümme en un montage continu ; et Faust IV fait entrer le groupe dans le système des studios britanniques de Virgin sans rendre sa musique conventionnelle.

Faust en concert en mai 2007.
Faust en concert en mai 2007. Photo : jd lennon / Wikimedia Commons · CC BY 2.0 · WebP conversion

Formation et histoire

Nettelbeck réunit Werner « Zappi » Diermaier, Hans Joachim Irmler, Jean-Hervé Péron, Rudolf Sosna, Gunther Wüsthoff et Arnulf Meifert parmi des musiciens liés à deux groupes de la région de Hambourg. Polydor finance la base de Wümme, mais ce soutien s’accompagne d’attentes commerciales. Le premier album de 1971 — trois pistes sur vinyle transparent, accompagné d’une radiographie transparente d’un poing — ne les satisfait pas ; Meifert quitte le groupe après l’album.

So Far suit en 1972 avec neuf pièces plus courtes et un emballage noir contenant une série d’impressions carrées. En octobre de la même année, Faust enregistre à Wümme avec le violoniste et compositeur Tony Conrad ; cette collaboration paraît sous le titre Outside the Dream Syndicate en 1973. Virgin fait ensuite connaître le groupe à un public britannique beaucoup plus large en publiant The Faust Tapes au prix de 49 pence. Le disque à prix réduit était le montage — et non le premier album transparent.

Faust IV, également publié par Virgin en 1973, est suivi d’un travail sur un nouvel album, mais Virgin refuse le successeur proposé. La phase continue du groupe original s’achève au milieu des années 1970. Péron et Diermaier remontent sur scène à Hambourg en 1990 après environ quinze ans ; Irmler reprend ensuite part à certaines activités, et les années 1990 donnent lieu à des documents live, à Rien produit par Jim O’Rourke, ainsi qu’à l’album lié au cinéma Faust Wakes Nosferatu.

L’histoire ultérieure de Faust ne repose pas sur une formation ininterrompue. Péron et Diermaier poursuivent une branche, souvent stylisée faUSt, tandis qu’Irmler dirige une autre configuration. Considérer les deux comme un seul groupe continu « de 1971 à aujourd’hui » masque la rupture initiale et les œuvres distinctes réalisées par ces formations ultérieures.

Son et style

Le son des débuts de Faust repose sur l’instabilité de la frontière entre une interprétation et son enregistrement. Le travail technique de Graupner et la production de Nettelbeck permettent aux montages sur bande, au son de la pièce, à la parole, aux interruptions proches de la radio et au traitement électronique de côtoyer batterie, basse, orgue, guitare, saxophone et piano. Un rythme dur peut être coupé au lieu d’être résolu ; une phrase acoustique peut servir de matériau dans un collage plutôt que de chanson complète.

So Far rend la répétition particulièrement manifeste. « It’s a Rainy Day, Sunshine Girl » réduit l’harmonie et la batterie à une pulsation obstinée, tandis que « Mamie Is Blue » place la voix et le riff dans une surface électronique dense. The Faust Tapes suit la direction opposée : de brefs fragments se remplacent sans cesse, si bien que le montage lui-même assure la continuité.

Les enregistrements de la réunion ne se contentent pas de reproduire Wümme. The Faust Concerts Vol. I documente, au sein de la même prestation de 1990, des passages acoustiques, une électronique saturée et des outils électriques. Faust Wakes Nosferatu appartient à l’ensemble de l’époque Irmler–Diermaier et a été développé en lien avec le film muet de F. W. Murnau ; ses éditions CD et vinyle proposent des programmes différents.

Membres Six membres d’origine : Werner « Zappi » Diermaier (batterie), Hans Joachim Irmler (orgue), Jean-Hervé Péron (basse, chant), Rudolf Sosna (guitare, claviers), Gunther Wüsthoff (saxophone, synthétiseur) et Arnulf Meifert (batterie). Le producteur Uwe Nettelbeck et l’ingénieur du son Kurt Graupner jouent un rôle central dans les enregistrements de Wümme. Les parutions ultérieures proviennent de formations de Faust changeantes puis, finalement, distinctes.

Albums essentiels

Faust

1971

Polydor · Édition originale de 1971

Trois longues pièces réalisées à Wümme par les six membres d’origine avec Nettelbeck et Graupner. « Why Don’t You Eat Carrots? » et « Meadow Meal » transforment montages abrupts, citations, paroles et jeu d’ensemble en composition de studio ; le long « Miss Fortune » conserve une interprétation plus libre. Le vinyle transparent et l’emballage à radiographie transparente rendent le processus d’enregistrement aussi visible qu’audible.

Titres clés : Why Don’t You Eat Carrots? · Meadow Meal · Miss Fortune

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So Far

1972

Polydor · Édition originale de 1972

Le deuxième album Polydor divise son programme en neuf pistes sans abandonner la méthode du studio. « It’s a Rainy Day, Sunshine Girl » travaille une répétition radicale, le morceau-titre concentre orgue et rythme, et « Mamie Is Blue » enfouit un riff lourd dans une texture électronique. Sa pochette noire était à l’origine accompagnée de dix impressions visuelles carrées.

Titres clés : It’s a Rainy Day, Sunshine Girl · So Far · Mamie Is Blue

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Virgin · Édition originale de 1973

Nettelbeck assemble ce montage en deux faces, à l’origine sans titre, à partir de matériaux enregistrés à Wümme entre juin 1971 et juin 1973. Chansons, répétitions, bruit, conversations et montages sur bande forment un flux discontinu. Le prix britannique de 49 pence fixé par Virgin transforme un collage d’archives en premier disque de Faust pour de nombreux auditeurs.

Titres clés : [sans titre]

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Pour aller plus loin

Faust IV

1973

Enregistré pour Virgin, l’album place la parodie frontale « Krautrock » aux côtés de la pulsation de « Jennifer », de l’abrasif « Picnic on a Frozen River, Deuxième Tableau » et de deux versions de « Psalter ». Sa division plus nette en pistes n’efface pas les ruptures entre bourdon, mélodie, rythme et interruption.

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Le CD publié par Klangbad en 1997 présente six longues pièces développées par un ensemble de l’époque Irmler–Diermaier en lien avec le Nosferatude Murnau, sorti en 1922. L’édition vinyle de sept pistes contient une musique et une illustration différentes ; le titre désigne donc deux programmes apparentés mais non identiques.

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The Faust Concerts Vol. I

1994 (enregistré en 1990)

Publié par Table of the Elements en 1994, ce document en neuf pièces saisit le retour de Péron et Diermaier au Prinzenbar en 1990 — le premier concert de Faust depuis environ quinze ans. Passages acoustiques, électronique saturée, improvisation collective et outils électriques font de cette prestation une nouvelle construction, non une répétition des albums des années 1970.

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Pourquoi leur héritage demeure

Le premier catalogue de Faust démontre que le montage, l’emballage et la distribution peuvent faire partie de la forme musicale. Le premier album sur vinyle transparent transforme le disque en objet ; So Far associe neuf pistes à un portfolio visuel ; et le Faust Tapes vendu 49 pence par Virgin met un montage de studio sans compromis entre les mains d’un vaste public britannique.

Les archives ultérieures empêchent également le groupe de devenir un épisode historique clos. Le concert du Prinzenbar en 1990, la tournée américaine de 1994 et Rien montrent Péron et Diermaier reconstruire la méthode par l’intensité scénique et une production contemporaine. Les travaux ultérieurs d’Irmler sous le nom de Faust suivent une autre voie. Ce qui relie ces disques n’est ni une formation fixe ni un son unique, mais une idée pratique : les enregistrements peuvent être assemblés à partir de collisions sans en lisser les raccords.

Sources et lectures complémentaires

Faust — histoire officielle du groupe

Bureau B — catalogue de Faust

Klangbad — Faust Wakes Nosferatu

Table of the Elements — archives de Faust

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