The Creation condense le rythme mod, la puissance du rhythm and blues et une présentation Pop Art dans une courte série de singles produits par Shel Talmy. Kenny Pickett et le guitariste Eddie Phillips écrivent les disques décisifs de 1966, Making Time et Painter Man ; ce dernier atteint la 36e place au Royaume-Uni, tandis que le groupe trouve un public plus large en Europe continentale.
L’emploi par Phillips d’un archet de violon sur la guitare électrique est à la fois une source sonore et une image scénique, produisant frottements soutenus et feedback plutôt qu’une ligne solo conventionnelle. Pendant Painter Man, Pickett réalise des peintures d’action sur scène. Il ne s’agit pas de décorations autour de la musique : performance visuelle, production comprimée de Talmy et écriture concise du groupe appartiennent à la même idée Pop Art.
Photographie illustrative d’une guitare jouée à l’archet. Eddie Phillips employait cette technique sur les disques et les scènes de The Creation ; le musicien photographié n’est pas membre du groupe.Photo : Andrew Rusk / Wikimedia Commons · Sous licence CC BY 2.0. Image convertie au format WebP pour cette page.
Formation et histoire
L’histoire commence à Cheshunt avec les Blue Jacks, puis The Mark Four. En 1966, Phillips, Pickett et le batteur Jack Jones recrutent le bassiste Bob Garner, signent avec le manager Tony Stratton Smith et adoptent le nom The Creation. Talmy publie Making Time sur son label Planet en juin. Painter Man suit en octobre et devient leur seul single britannique classé dans le Top 40 : deux semaines de présence et une 36e place maximale.
Le personnel change rapidement. Garner passe de la basse au chant principal après le départ de Pickett ; Kim Gardner le remplace ensuite à la basse. Phillips part fin 1967, et une dernière formation ramène Pickett aux côtés du guitariste Ron Wood. Le groupe s’achève en 1968 sans avoir publié de microsillon contemporain en Grande-Bretagne. Des réunions ultérieures produisent de nouveaux enregistrements dans les années 1980, puis réunissent Phillips, Pickett, Garner et Jones pour les séances parues sous le titre Power Surge en 1996.
Son et style
Les productions de Talmy maintiennent batterie et basse au premier plan, tandis que Phillips alterne accords coupés, feedback et figures solo aux contours nets. Making Time introduit la guitare à l’archet dans un arrangement fait d’arrêts et de reprises ; Painter Man l’emploie comme une contre-voix déchirante au refrain. Les réponses collectives et l’interprétation urgente de Pickett maintiennent ces expériences dans le format d’un single de deux minutes et demie.
Les singles ultérieurs élargissent la palette sans devenir du psychédélisme au long cours. If I Stay Too Long ralentit la pulsation autour d’une mélodie inquiète ; Life Is Just Beginning superpose harmonies vocales et guitare plus lumineuse ; les deux versions publiées d’How Does It Feel to Feel emploient des voix et mixages différents. La continuité réside dans l’économie : la texture transforme immédiatement la chanson, puis l’arrangement avance.
Albums essentiels
1967
We Are Paintermen
Hit-Ton · Édition originale de 1967
We Are Paintermen paraît chez Hit-Ton en Allemagne de l’Ouest et chez Sonet au Danemark en 1967 ; le groupe original n’obtient jamais de microsillon britannique contemporain. Il rassemble les trois premiers singles avec des enregistrements supplémentaires, de sorte que sa séquence passe des formations menées par Pickett à celles menées par Garner. Making Time, Try and Stop Me, Painter Man et Biff Bang Pow préservent l’attaque concentrée des débuts, tandis que des reprises comme Hey Joe et Like a Rolling Stone reflètent le répertoire scénique utilisé pour compléter l’album.
Titres clés : Making Time · Try and Stop Me · Painter Man · Biff Bang Pow
How Does It Feel to Feel? n’est pas un album studio de 1982, mais un parcours d’archives à travers les singles et titres isolés de 1966–68. Cette distinction lui donne sa valeur : If I Stay Too Long, Life Is Just Beginning, Through My Eyes et la chanson-titre montrent l’évolution du groupe après les morceaux réunis sur We Are Paintermen. Les collections modernes sont plus complètes, mais cette sortie Edsel joue un rôle important dans la première reconstruction d’un catalogue autrefois dispersé entre territoires et formations.
Titres clés : How Does It Feel to Feel? · Life Is Just Beginning · Through My Eyes · If I Stay Too Long
Power Surge est un disque de réunion, réalisé lorsque Pickett, Phillips, Garner et Jones retravaillent ensemble dans les années 1990, puis publié par Creation Records en 1996. Il ne recrée pas le son des singles de Talmy : les guitares sont plus lourdes, la production contemporaine et les chansons plus spacieuses. Son intérêt historique réside dans l’écoute du personnel classique écrivant et enregistrant un programme entièrement nouveau, non dans son traitement comme prolongement du microsillon de 1967.
Le titre How Does It Feel to Feel désigne plus d’un objet. Les singles britannique et américain de 1967 utilisent des interprétations vocales et des mixages différents, et cette formulation devient ensuite le titre de collections rétrospectives. Comparer les deux versions du single permet d’entendre concrètement comment production et interprétation modifient une même composition sans changer sa structure fondamentale.
Pour la vue la plus complète des séances originales, Action Painting de Numero Group rassemble les enregistrements de 1966–68, les mixages stéréo, les instrumentaux et quatre titres antérieurs de The Mark Four. La collection rétablit la chronologie masquée par We Are Paintermen et les compilations ultérieures, tout en montrant combien la réputation de The Creation repose sur les singles plutôt que sur une séquence d’album britannique planifiée.
The Creation montre que l’expérimentation formelle n’exigeait ni longues chansons ni concept d’album. Le feedback et le jeu à l’archet de Phillips, la peinture d’action de Pickett et la production dense de Talmy fonctionnent tous dans des singles concis. Cette combinaison fournit ensuite au revival mod, au punk, à la power pop et aux musiciens indépendants un modèle où image, bruit et économie se renforcent mutuellement.
La postérité du groupe est particulièrement visible. Alan McGee nomme Creation Records d’après le groupe et son propre groupe Biff Bang Pow! d’après l’une de leurs chansons ; The Jam fait référence à Making Time, et les rééditions ultérieures reconstruisent un catalogue fragmenté par la géographie et les changements de personnel. Leur stature ne repose pas sur une longue carrière dans les classements, mais sur tout ce que la culture ultérieure a trouvé dans un ensemble d’œuvres réduit et précisément défini.
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