Aller au contenu

Guide d’album classique

Lovechild

Curved Air · 1990 · Rock progressif

Lovechild réunit quatre démos de Curved Air et des enregistrements distincts associés à John O’Hara, Eddie Jobson et Kirby Gregory, préservant un précieux travail de 1973 dans une parution dont l’autorisation originale et l’identité d’album ont été vivement contestées.

Publié en 1990Enregistré en 1973Compilation d’archives de huit titres
Voir cet album sur Amazon →

Note d’affiliation : Les liens Amazon de cette page peuvent rapporter une petite commission à RetroForge Records, sans frais supplémentaires pour vous.

Le disque

En bref

Artiste crédité
Curved Air
Sortie
1990
Enregistré
Juillet 1973
Titres
Huit
Démos du groupe Curved Air
Quatre
Réédition autorisée
CD Repertoire, 2011

Pourquoi il compte

Une archive contestée qui préserve la fin de l’ère Air Cut

Lovechild préserve des documents issus des derniers mois instables de Curved Air en 1973, dont l’ample Seasons et trois autres démos du groupe. Sans cette parution, ce travail aurait pu rester inaccessible.

Il ne s’agit pas d’un album studio conventionnel de 1990. Les enregistrements datent de juillet 1973 et seuls quatre des huit titres sont interprétés par Curved Air en tant que groupe.

Le reste comprend une miniature de John O’Hara, deux pièces associées à Eddie Jobson et un enregistrement lié à la formation sur le départ de Kirby Gregory.

Sonja Kristina décrira plus tard la parution originale comme non autorisée et contestera l’ajout de prises de travail sans rapport à côté de ses démos. Cette provenance est essentielle à une écoute honnête.

Une édition Repertoire sous licence paraît en 2011 avec de nouvelles notes de pochette et l’autorisation des musiciens ainsi que des ayants droit de Warner. Elle offre un contexte discographique plus responsable sans transformer l’assemblage original en 33-tours planifié en 1973.

1973 / 1990

Des démos de 1973 assemblées et publiées dix-sept ans plus tard

Air Cut présente la formation réunissant Kristina, Mike Wedgwood, Eddie Jobson, Kirby Gregory et Jim Russell. Peu après, Jobson se dirige vers Roxy Music tandis que Gregory et Russell partent former Stretch.

Kristina prépare des démos après le refus de Warner Bros. de prolonger le contrat. Les quatre enregistrements du groupe réunissent le batteur remplaçant Florian Pilkington-Miksa et le guitariste islandais Thordur Arnason aux côtés de Kristina, Wedgwood et Jobson.

Le matériel est enregistré à Londres en juillet 1973 sous la supervision de Clifford Adams. Il reste inédit lorsque Curved Air se dissout.

En mars 1990, Steve Price mixe les archives aux CTS Studios avec l’assistance de Declan McGovern. L’album de huit titres qui en résulte paraît chez Essential/Castle plus tard la même année.

L’assemblage réunit sous un seul crédit Curved Air des enregistrements d’auteurs et d’interprètes différents. Le récit ultérieur de Kristina distingue précisément les démos qu’elle avait prévues des prises de travail davantage liées à d’autres musiciens.

Repertoire reprend le titre en 2011 après avoir obtenu les autorisations et présente un CD remastérisé accompagné de nouvelles notes historiques. L’audio reste une archive de 1973, non une séance de réunion.

Qui joue où

Plusieurs formations sous un crédit d’artiste trompeur

Sonja KristinaChant et guitare acoustique sur le matériel de Curved Air
Eddie JobsonClaviers et violon ; associé à Joan et Paris by Night
Mike WedgwoodBasse sur les démos de Curved Air
Florian Pilkington-MiksaBatterie sur les démos de Curved Air
Thordur ArnasonGuitare électrique sur les démos de Curved Air
Kirby Gregory and Jim RussellGuitare et batterie sur The Flasher
John O'HaraClaviers et arrangement sur Exsultate Jubilate
Clifford Adams; Steve Price and Declan McGovernSupervision de la production ; mixage de 1990 et assistance

Kristina constitue le lien le plus clair entre les quatre démos du groupe. Sa voix et sa guitare acoustique maintiennent une longue pièce comme Seasons du côté de la chanson plutôt que de la démonstration instrumentale.

Les claviers et le violon de Jobson assurent la continuité classique après le départ de Way. Ses miniatures distinctes montrent aussi pourquoi un crédit d’album unique peut brouiller des contextes créatifs différents.

Wedgwood et Pilkington-Miksa forment une section rythmique de Curved Air qui n’avait jamais existé exactement sous cette forme sur un album studio déjà publié.

Arnason arrive après le départ de Gregory ; sa guitare appartient donc à la phase tardive des démos. Gregory et Russell n’apparaissent que sur The Flasher dans cet assemblage.

L’ouverture de quarante-trois secondes d’O’Hara est un arrangement autonome, non une ouverture composée par l’ensemble du groupe pour un album projeté.

L’équipe de mixage de 1990 rend des bandes disparates écoutables comme une seule séquence. La continuité sonore créée au mixage ne doit pas être confondue avec une intention originale commune.

Caractère de démo

Documents de studio bruts, de la miniature de chambre à la chanson développée

Lovechild sonne comme une archive parce qu’il en est une. Équilibre, finition et densité des arrangements varient ; ces différences révèlent plus honnêtement les changements d’intention qu’une remastérisation policée ne pourrait les effacer.

Les démos de Curved Air conservent le mélange rock et classique d’Air Cut, mais laissent souvent davantage d’espace autour de Kristina. Seasons dépasse huit minutes sans la certitude orchestrale d’un master achevé.

Exsultate Jubilate et Joan sont des fragments aux dimensions de musique de chambre. Leur brièveté modifie le rythme de l’écoute sans en faire des interludes conçus pour une séquence d’album confirmée.

The Flasher possède le profil guitare-rock le plus direct et repose sur un personnel différent. Son élan appartient à la configuration Gregory-Russell plutôt qu’au groupe de démos Arnason-Pilkington.

The Dancer et The Widow présentent des formes vocales plus compactes, tandis que Paris by Night conclut par une longue atmosphère menée par les claviers. L’intérêt de la compilation réside dans sa discontinuité : l’auditeur entend plusieurs futurs possibles après Air Cut, dont aucun ne devient un programme studio achevé de Curved Air.

Guide des titres

Huit enregistrements de quatre provenances différentes

01

Exsultate Jubilate

L’arrangement pour claviers d’O’Hara ouvre en moins d’une minute sur une couleur classique cérémonielle. Il fonctionne comme une miniature retrouvée dans la compilation, non comme une ouverture vérifiée de Curved Air. Sa finition et sa brièveté contrastent immédiatement avec les textures plus longues des démos qui suivent.

02

Lovechild

La chanson-titre est l’une des démos de Curved Air et place Kristina au centre d’une relation définie par l’origine, la dépendance et l’identité. Base acoustique, claviers, violon et guitare électrique s’accumulent autour de la voix au lieu de commencer à pleine puissance rock. L’arrangement gagne en vitesse et en force vers la fin, suggérant ce que la démo aurait pu devenir lors d’une séance achevée. Son incomplétude est féconde : l’auditeur entend une chanson solide avant que les choix de production finaux n’en ferment les possibilités.

03

Seasons

Avec près de neuf minutes, Seasons est la composition centrale de Curved Air dans ces archives. Le temps passe en cycles, mais le mouvement émotionnel paraît plus lent et moins assuré.

Kristina soutient de longues lignes lyriques au-dessus d’une harmonie ample de claviers. Violon et guitare ajoutent progressivement de la pression au lieu de dicter l’ouverture.

La structure se déploie par de longs retours plutôt que par des divisions nettes en suite. Kristina jugera plus tard la pièce trop statique pour son goût actuel : un témoignage direct utile qui reconnaît aussi son ampleur délibérée. En tant que démo, elle offre une composition développée sans prétendre à la forme finale qu’aurait pu prendre un master publié en 1973.

04

The Flasher

Cet enregistrement appartient à la configuration Gregory-Russell plutôt qu’aux quatre démos ultérieures du groupe. L’attaque de la guitare et le rythme direct le distinguent immédiatement.

Le titre présente la performance publique comme exposition, spectacle et provocation. La présence dominante de Gregory donne au morceau une surface rock plus dure liée à la formation d’Air Cut. Son inclusion est historiquement intéressante, mais ne doit pas servir à décrire le son de toute la collection.

05

Joan

Le bref instrumental de Jobson préserve une idée qu’il développait avec Kristina, mais la version publiée ne contient pas la partie vocale qu’elle prévoyait. Clavier et violon esquissent une mélodie sans construire un arrangement complet de groupe. Kristina cite précisément Joan comme exemple de matériel brut ajouté à la compilation. Son état fragmentaire appartient donc à sa provenance, et non à une déclaration minimaliste délibérée de Curved Air.

06

The Dancer

L’une des démos de Curved Air, The Dancer transforme le mouvement en identité. La performance peut être liberté, discipline et rôle observé par les autres.

Le chant de Kristina conserve son aplomb tandis que la section rythmique et la guitare créent un cadre plus compact que Seasons. Violon et claviers ajoutent de l’élan sans transformer la chanson en vitrine classique. La pièce suggère une direction concise et viable pour le groupe après Air Cut.

07

The Widow

La quatrième démo du groupe place au centre l’absence et l’identité sociale laissée après la perte. Son titre nomme une condition au lieu de raconter une biographie complète.

Un arrangement mesuré maintient l’attention sur Kristina ; les réponses instrumentales approfondissent le deuil sans l’expliquer. La retenue de la démo la distingue de la posture rock extérieure de The Flasher. Placée en septième position en 1990, elle prépare l’espace instrumental nocturne du dernier titre.

08

Paris by Night

La longue conclusion de Jobson évoque une ville après la tombée de la nuit par les claviers et le violon, plutôt que par un récit de voyage chanté. La pièce avance par atmosphère et contour instrumental, laissant coexister élégance et malaise. Son écriture distincte en fait l’épilogue de l’assemblage, non une résolution composée pour les quatre démos de Curved Air. Terminer ici renforce le véritable sujet de la compilation : plusieurs directions inachevées de 1973 partageant une même archive.

Aucune séquence conçue

Amour, temps et performance sans unité d’album

Lovechild n’a pas été conçu comme un album-concept. Son ordre de 1990 réunit des enregistrements aux interprètes, auteurs et objectifs initiaux différents.

Le temps revient néanmoins. Seasons mesure des cycles, The Widow vit après un événement irréversible et Paris by Night transforme un lieu en une heure particulière.

La performance relie The Flasher et The Dancer sous des angles opposés : l’exposition peut être spectacle agressif ou art corporel maîtrisé.

L’identité reste instable jusque dans la parution elle-même. Le titre interroge l’origine, tandis que le nom Curved Air couvre des titres qui ne sont pas tous interprétés par le groupe.

Le thème unificateur le plus honnête est la vie posthume des archives. Chaque pièce atteint l’auditeur longtemps après la disparition de son premier contexte.

Origines recyclées

L’imagerie d’Air Conditioning remontée pour un objet d’archives

La pochette de 1990 combine des images du recto et du verso d’Air Conditioning. Elle emprunte l’autorité visuelle du premier album pour du matériel enregistré trois ans plus tard par un personnel très différent.

Ce recyclage rend Curved Air immédiatement reconnaissable, mais illustre aussi le problème central de la parution : une marque unifiée recouvre des enregistrements hétérogènes. Le conditionnement ne prouve pas que les musiciens de 1973 prévoyaient un retour au concept de picture-disc du premier album. Les notes de pochette de Repertoire en 2011 améliorent l’objet en intégrant la provenance à sa présentation, au lieu de laisser les huit titres suggérer un album conventionnel.

Une parution contestée

De la parution non autorisée à la restauration sous licence

Essential/Castle publie Lovechild en 1990, dix-sept ans après l’enregistrement des démos londoniennes. Les bandes sont mixées aux studios CTS au mois de mars.

Kristina qualifie la parution originale de piratage et affirme que le groupe ne l’a ni autorisée ni assortie de redevances. Elle conteste aussi la présentation de prises sans rapport aux côtés de ses démos.

L’album ne représente pas le concert de réunion de Curved Air en 1990 ; celui-ci appartient à l’histoire distincte d’Alive 1990. En 2011, Repertoire publie un CD remastérisé sous licence après avoir obtenu les autorisations, avec de nouvelles notes replaçant les enregistrements dans leur contexte.

L’accueil s’est donc autant concentré sur la provenance que sur la musique. Seasons est souvent distingué comme la composition la plus forte, tandis que l’assemblage reste difficile à évaluer comme une œuvre voulue d’un seul tenant.

Éthique des archives

Un document à annoter, non une entrée du canon à simplifier

Lovechild préserve le seul document publié d’une brève configuration de Curved Air avec Arnason et le retour de Pilkington-Miksa. Il documente aussi Jobson et Gregory au moment où leurs trajectoires quittent le groupe, même si leurs pièces distinctes ne doivent pas être fondues dans une seule séance collective.

La collection complique la numérotation de la discographie. Il vaut mieux la décrire comme une compilation de démos d’archives que comme le septième album studio de Curved Air.

Son histoire offre une leçon d’éthique discographique : l’accès à de la musique inédite n’efface pas l’intérêt des interprètes pour le consentement, la rémunération et l’attribution exacte.

Sa valeur durable est documentaire. Écouté avec une annotation correcte, le disque révèle les possibilités après Air Cut sans prétendre qu’elles soient devenues un album achevé.

Quelle édition ?

La réédition de 2011 est la référence responsable

33-tours Essential/Castle de 1990Le premier assemblage de huit titres, publié sans l’autorisation des musiciens selon Kristina.
CD Repertoire de 2011La référence remastérisée sous licence, avec de nouvelles notes de pochette et l’autorisation des musiciens et ayants droit.
Contexte original de 1973Quatre démos du groupe et quatre enregistrements de provenance différente, non un master achevé unique.

Choisissez l’édition Repertoire de 2011 pour un contexte discographique responsable. Elle ne change pas l’origine des archives, mais son autorisation et ses notes comptent.

Écoutez Lovechild, Seasons, The Dancer et The Widow comme les quatre démos du groupe Curved Air avant de les comparer aux quatre autres enregistrements.

Ne jugez pas l’équilibre des démos comme s’il s’agissait d’une production achevée de 1973. Écoutez la composition, les possibilités de l’ensemble et les changements de personnel.

Utilisez Joan pour comprendre à quel point les archives peuvent être fragmentaires ; écoutez Seasons pour entendre leur forme réalisée la plus soutenue. Le chant reste central dans le noyau du matériel collectif, tandis que les fragments instrumentaux et la pièce finale ne représentent qu’une partie de la séquence.

Un parcours d’écoute

Séparer les démos de Curved Air de leurs compagnes

  1. Lisez d’abord : Établissez l’histoire de l’enregistrement de 1973 et des parutions de 1990 et 2011 avant de traiter la séquence comme un album.
  2. Écoutez les quatre : Écoutez Lovechild, Seasons, The Dancer et The Widow comme un sous-ensemble de démos de Curved Air.
  3. Écoutez les départs : Comparez The Flasher, Joan et Paris by Night comme des histoires de musiciens adjacentes.
  4. Observez le cadre : Demandez-vous comment l’ouverture d’O’Hara et l’illustration recyclée du premier album fabriquent une unité apparente.
  5. Revenez à Seasons : Terminez par la composition qui montre le plus complètement ce que cette phase inachevée pouvait contenir.

Pistes de recherche

Sources et lectures complémentaires

Poursuivre l’exploration

Continuer dans le graphe de connaissances RetroForge

Des parcours éditoriaux vers les artistes, disques, événements et idées qui éclairent ce sujet.

Genres et scènes