Fondé à Valenciennes par le multi-instrumentiste Rocco Fernandez en 1969, Art Zoyd débute comme groupe de rock progressif. Gérard Hourbette et Thierry Zaboïtzeff arrivent tous deux en 1971 ; après le départ de Fernandez en 1975, ils réorientent l’ensemble vers une musique de chambre amplifiée et rigoureusement composée.
Le premier album de 1976, Symphonie pour le jour où brûleront les cités, établit un langage de cordes, trompette, basse, guitare et percussions dans lequel la répétition et les dynamiques fournissent la force physique du rock. Au fil des décennies suivantes, Art Zoyd étend cette méthode à l’électronique, à la danse, aux ciné-concerts et à la création multimédia.
Thierry Zaboïtzeff, membre d’Art Zoyd, en 2019.Photo : BettinaFrenzel / Wikimedia Commons · sous licence CC BY-SA 4.0. Image convertie au format WebP pour cette page.
Formation & histoire
Le groupe originel de Fernandez enregistre le single « Sangria » en 1971. Hourbette et Zaboïtzeff le rejoignent cette année-là et prennent la direction artistique en 1975. Le premier album paraît sous le nom Art Zoyd 3 en 1976, année où l’ensemble tourne avec Magma. En 1978, Art Zoyd rejoint le collectif international Rock in Opposition.
Le noyau formé par Hourbette, Zaboïtzeff et le trompettiste Jean-Pierre Soarez évolue au gré des changements de formation ; la claviériste Patricia Dallio devient une autre collaboratrice importante sur la durée. Le Mariage du Ciel et de l’Enfer est créé pour le ballet de Roland Petit au festival de la Scala en 1984, puis publié en album en 1985. Art Zoyd compose ensuite des partitions de ciné-concert pour des films muets, notamment Nosferatu, Faust et Häxan.
Zaboïtzeff quitte le groupe en 1997 après plus de deux décennies de codirection. Hourbette continue de diriger le projet musical et fonde en 1999 le centre de production et de création devenu Art Zoyd Studios. Après la mort d’Hourbette en 2018, les Studios poursuivent leur travail de préservation, de recherche, de résidences et de création.
Son & style
Le premier Art Zoyd remplace la hiérarchie du rock dominée par la guitare par le violon, l’alto, la trompette, le saxophone, la basse électrique, le violoncelle et les percussions. De courtes cellules se répètent, se heurtent et se transforment ; les dynamiques créent le suspense là où couplet et refrain fourniraient normalement des repères.
L’amplification donne aux cordes frottées et aux attaques de cuivres une dimension monumentale. Plus tard, échantillonneurs, synthèse et dispositifs spatiaux élargissent la palette sans remplacer la logique de composition du groupe : timbres récurrents, harmonie instable et crescendos étroitement contrôlés continuent de donner à chaque pièce une direction architecturale. La pulsation naît souvent de cellules répétées plutôt que d’une batterie.
Albums essentiels
1976
Symphonie pour le jour où brûleront les cités
AZ Production Michel Besset · Édition originale de 1976
Symphonie pour le jour où brûleront les cités est l’œuvre fondatrice d’Art Zoyd. « Brigades spéciales », « Masques » et « Simulacres » emploient cordes, trompette, basse, guitare et percussions pour créer la tension sans structure couplet-refrain. Les thèmes écrits reviennent sous forme de marches, d’alarmes et d’échanges de musique de chambre fracturés. L’enregistrement original de 1976 porte l’intensité du rock par les dynamiques d’ensemble plutôt que par une section rythmique conventionnelle ; Art Zoyd réenregistre l’œuvre en 1981, rendant importante la distinction entre les éditions.
Musique pour l’Odyssée élargit l’ensemble acoustique-électrique avec hautbois, basson, saxophone et percussions. Cordes graves et cuivres installent la pesanteur, tandis que le violon, le silence et les percussions mesurées de Daniel Denis façonnent le rythme. Par rapport au premier album, chaque registre instrumental dispose de davantage d’espace et les transitions ressemblent moins à des confrontations abruptes qu’à une traversée soutenue de textures changeantes.
Le Mariage du Ciel et de l’Enfer naît de la musique créée pour le ballet de Roland Petit, présenté pour la première fois au festival de la Scala en 1984. L’électronique et les claviers sont plus présents que sur les disques des années 1970, tandis que les cordes, les répétitions dans le registre grave et les attaques nettement définies préservent l’identité d’Art Zoyd. La partition marque un tournant décisif vers les commandes pour la scène et l’image, direction que les ciné-concerts ultérieurs approfondiront.
Art Zoyd a démontré que la musique progressive pouvait quitter le format standard du groupe de rock sans perdre en volume, en répétition ni en tension physique. Son catalogue relie le réseau Rock in Opposition à la composition contemporaine, à la production électroacoustique, au ballet et au ciné-concert.
L’héritage institutionnel est tout aussi singulier. En créant un centre permanent de production, de recherche, de résidences et de préservation, Art Zoyd a transformé les méthodes de travail d’un ensemble en une infrastructure capable de soutenir d’autres compositeurs et de nouvelles formes d’art sonore.
RetroForge Records publie de la musique originale et des guides éditoriaux indépendants. Ce guide historique consacré au groupe n’est affilié ni à l’artiste, ni aux labels, ni aux ayants droit. Aucune pochette d’album non autorisée n’est reproduite.
Note d’affiliation : Les liens Amazon de cette page peuvent rapporter une petite commission à RetroForge Records, sans frais supplémentaires pour vous.