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Guide d’album classique

Hamburger Concerto

Focus · 1974 · Rock progressif

Focus répond au changement de formation par un album réunissant miniature de la Renaissance, pièces de quartet énergiques et concerto en six mouvements sur la seconde face, qui transforme mémoire classique, claviers analogiques et dynamique rock en une forme continue.

Sorti en mai 197433-tours original de cinq titresProduit par Mike Vernon
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Note d’affiliation : Les liens Amazon de cette page peuvent rapporter une petite commission à RetroForge Records, sans frais supplémentaires pour vous.

Le disque

En bref

Artiste
Focus
Sortie
Mai 1974
Album
Quatrième album studio
Titres originaux
Cinq
Nouveau batteur
Colin Allen
Producteur
Mike Vernon

Pourquoi cet album compte

Focus livre en studio son œuvre de grande forme la plus intégrée

Hamburger Concerto compte parce que les références classiques, la puissance rock et l’humour de Focus fonctionnent enfin dans un équilibre couvrant tout l’album. Delitæ Musicæ, en ouverture, adapte une gaillarde de musique ancienne à l’échelle d’une miniature. Harem Scarem et Birth placent le quartet sous tension électrique. L’œuvre-titre de vingt minutes utilise ensuite six mouvements nommés pour unir récurrence composée, développement soliste et théâtre sonore.

C’est aussi le seul album studio complet de Focus avec le batteur Colin Allen. Pierre van der Linden part après la période de tournées de 1973 et Allen arrive après avoir travaillé avec Stone the Crows et John Mayall. Sa palette de percussions plus large transforme la musique sans supprimer les transitions précises qu’exige Focus.

La suite-titre ne se contente pas de reprendre l’idée d’Eruption consistant à remplir une face de vinyle. Starter, Rare, Medium I, Medium II, Well Done et One for the Road forment une plaisanterie culinaire, mais la musique développe des thèmes reconnaissables dans des environnements instrumentaux contrastés. Ces noms comiques empêchent la forme de se prendre trop au sérieux.

L’album représente donc à la fois un aboutissement et une instabilité. Van Leer et Akkerman restent les principaux compositeurs et voix de premier plan, mais le groupe s’orientera vers des pièces de studio plus courtes et teintées de funk sur Mother Focus. Hamburger Concerto est le dernier disque studio des années 1970 construit aussi complètement autour du langage progressif établi du groupe.

1973–1974

Un album abandonné en 1973, le départ d’un batteur et le retour à Olympic

Focus fait suivre Focus 3 d’une période de tournées intensives et du live At the Rainbow. En mai 1973, le quartet tente un nouvel album studio à Chipping Norton, mais ces séances sont abandonnées. Plusieurs enregistrements paraîtront plus tard sur Ship of Memories, tandis qu’une première idée liée à la future œuvre-titre survit jusqu’au projet studio achevé suivant.

Pierre van der Linden part à la fin de 1973. Colin Allen rejoint le groupe peu avant de nouvelles tournées, donnant à Focus un batteur britannique capable de couvrir le rock direct, les percussions à main et les exigences coloristes des nouveaux arrangements.

De janvier à mars 1974, le quartet travaille aux Olympic Sound Studios de Barnes avec Mike Vernon à la production. Le projet utilise également l’orgue de St Mary the Virgin à Barnes, étendant la gamme de claviers de van Leer au-delà du Hammond, du piano, du clavecin, du Mellotron, de l’accordéon et des synthétiseurs.

Polydor publie Hamburger Concerto en Europe en mai, tandis qu’Atco s’occupe de l’Amérique du Nord. Le 33-tours original contient quatre pièces sur la première face et la composition-titre en six mouvements sur la seconde.

Le quartet avec Colin Allen

Quatre musiciens polyvalents et une liste d’instruments exceptionnellement vaste

Thijs van LeerOrgues Hammond et à tuyaux, piano, piano électrique, clavecin, synthétiseurs Moog et ARP, Mellotron, vibraphone, accordéon, flûte, flûte à bec, chant et sifflement
Jan AkkermanGuitares électrique et acoustique, luth, timbales et claquements de mains
Bert RuiterBasse, autoharpe, cloches, triangles, cymbalettes et claquements de mains
Colin AllenBatterie, congas, timbales, tambourin, castagnettes, cabasa, wood-block, gong, flexatone, cuica et claquements de mains
Mike VernonProducteur
Graham HughesPhotographie

L’arrivée d’Allen s’entend immédiatement comme un changement de poids et de couleur. Il peut propulser Harem Scarem avec une pulsation rock ferme, puis employer percussions à main et accents accordés pour aider la suite-titre à distinguer un mouvement du suivant.

La liste d’instruments de van Leer fonctionne comme un orchestre interne. L’orgue à tuyaux apporte une échelle cérémonielle ; le Hammond donne au quartet son noyau familier ; le clavecin et la flûte à bec affinent les références musicales anciennes ; l’ARP et le Moog fournissent une voix soliste moderne, parfois abrasive.

Akkerman passe du luth et de la guitare classique aux riffs électriques comprimés, à la mélodie soutenue et au long développement soliste. Le contraste entre Delitæ Musicæ et Rare n’oppose pas un invité au groupe : c’est un même musicien qui change d’échelle historique et physique.

Ruiter constitue la ligne stabilisatrice. Sa basse donne sa continuité à la suite, tandis que cloches, autoharpe et petites percussions élargissent les passages sans créer une couche orchestrale séparée.

Son et construction

Échelle de la Renaissance, force jazz-rock et récurrence symphonique

La première face prépare par le contraste. Delitæ Musicæ établit une intimité de cordes pincées ; Harem Scarem introduit un mouvement électrique dense ; La Cathédrale de Strasbourg ouvre un espace architectural ; Birth développe un thème d’Akkerman pendant près de huit minutes.

La suite-titre commence de manière cérémonielle, puis modifie sans cesse la relation entre thème et texture. L’orgue à tuyaux peut encadrer la musique à une échelle publique, la guitare peut la ramener à l’attaque du quartet et la voix de van Leer peut devenir une couleur instrumentale plutôt qu’un fil narratif.

L’emprunt classique est un matériau, non une décoration. Des thèmes anciens et des passages proches du choral sont réénoncés par la basse, la batterie, la guitare électrique et le synthétiseur. L’enjeu est la transformation à travers les timbres, non l’imitation fidèle d’un orchestre.

La production de Vernon maintient lisible cette palette exceptionnellement large. L’orgue à tuyaux conserve son air, les percussions d’Allen restent physiques et les lignes de synthétiseur traversent le mixage sans aplatir la guitare acoustique, le luth ni la flûte à bec.

L’humour régule la grandeur. Les noms de mouvements empruntés aux degrés de cuisson et le titre de restauration rapide permettent à un concerto de vingt minutes d’être ambitieux sans se présenter comme un monument sacré.

La conception rythmique est tout aussi importante. Ruiter et Allen restent rarement un accompagnement neutre tandis que les instruments de premier plan changent. La basse anticipe les virages thématiques, les cymbales annoncent les expansions et les percussions à main peuvent alléger un passage sans imposer un nouveau tempo. Leur souplesse permet à la guitare et aux claviers d’échanger le rôle principal apparent pendant que la forme sous-jacente se poursuit.

Le silence et la réduction de la texture donnent les proportions. Delitæ Musicæ est entouré d’espace acoustique, La Cathédrale retarde son plein déploiement rythmique et le concerto se retire à plusieurs reprises de sa densité maximale. Ces contractions empêchent les nombreux claviers et couleurs de percussion de l’album de devenir un mur ininterrompu.

Guide des pistes

Quatre pièces sur la première face et un concerto en six mouvements

01

Delitæ Musicæ

Akkerman adapte une gaillarde associée au compositeur et luthiste néerlandais Joachim van den Hove. Cordes pincées et flûte créent une chambre de musique ancienne avant l’apparition du quartet électrique.

Avec à peine plus d’une minute, la pièce n’est pas une ouverture par l’échelle mais par le vocabulaire. La forme historique entre dans l’album sans amplification ni parodie.

Sa retenue rend le passage à Harem Scarem plus spectaculaire. Focus définit son étendue en plaçant deux mondes sonores complets l’un à la suite de l’autre.

02

Harem Scarem

La composition de van Leer lance le nouveau batteur dans un rythme dur et agile. Orgue et guitare échangent des lignes compactes tandis que la basse de Ruiter pousse sous elles.

Sifflements et effets vocaux rappellent l’usage comique du corps chez Focus, mais le morceau ne reconstruit pas Hocus Pocus. Ses sections s’enchaînent plus continûment et les percussions d’Allen donnent une autre forme à l’élan.

La pièce est la déclaration électrique directe de l’album : assez concise pour un montage en single, assez complexe pour présenter la mécanique révisée du quartet.

03

La Cathédrale de Strasbourg

Une longue introduction crée hauteur et distance avant l’entrée de la section rythmique. La couleur des claviers suggère un intérieur architectural sans transformer la musique en programme littéral.

Le mouvement central devient plus léger et mobile, le sifflement de van Leer ajoutant une voix humaine, presque désinvolte, au sein du titre formel. Son passage de la révérence au swing annonce la capacité de la suite-titre à circuler entre registres cérémoniel et ludique.

04

Birth

Akkerman fournit une vaste structure mélodique que flûte, guitare, clavecin et orgue éclairent successivement. Le thème grandit par récurrence plutôt que par remplacement constant.

La batterie d’Allen donne à chaque retour un profil physique différent. Ruiter tient la ligne grave tandis que les instruments de premier plan alternent entre énoncé lyrique et développement plus acéré.

En conclusion de la première face, Birth rassemble les modes miniature, rock et architectural de l’album dans une forme de durée moyenne. Le bonus ultérieur Early Birth révèle une autre étape du matériau.

05

Hamburger Concerto

Starter ouvre la seconde face par une échelle cérémonielle de claviers et énonce le matériau qui soutiendra toute la construction. Le son de l’orgue à tuyaux place un titre comique dans une acoustique publique inattendue.

Rare se tourne vers le langage de guitare plus lourd d’Akkerman. Riff, basse et batterie tirent le concerto de la cérémonie vers un échange musclé du quartet.

Medium I rend le contrôle compositionnel à van Leer et emploie sa voix sans paroles comme un autre timbre soliste. Les idées récurrentes sont reconnues par le changement d’instrumentation plutôt que par la répétition exacte.

Medium II offre à Akkerman une zone de développement contrastée. Les phrases de guitare s’étendent sur une fondation active tandis qu’Allen et Ruiter empêchent l’espace soliste de se séparer de la suite.

Well Done élargit le cadre harmonique et intègre la mélodie d’un chant de Noël néerlandais. Une mémoire cérémonielle familière entre dans le mélange de matériau ancien et d’instrumentation moderne de l’album.

One for the Road achève la séquence culinaire par des retours du synthétiseur, de la guitare et de l’ensemble avançant vers la résolution. Une figure de carillon de style Westminster clôt l’œuvre par un dernier signal public.

Sur vingt minutes, les six intitulés sont à la fois plaisanteries et repères. La suite réussit parce que chaque changement modifie le poids, la couleur ou l’initiative, tandis qu’un matériau commun continue de relier la face.

Pas une intrigue unique

Naissance, rituel, architecture et appétit comique

Hamburger Concerto n’est pas un récit continu. Delitæ Musicæ, Harem Scarem, La Cathédrale et Birth restent des pièces indépendantes ; seul le morceau-titre possède une séquence interne nommée.

La cérémonie revient. Gaillarde, cathédrale, naissance, orgue à tuyaux, choral et carillon invoquent tous des formes publiques ou rituelles. Focus met sans cesse ces associations en contact avec la performance du quartet électrique.

Le vocabulaire culinaire de la suite-titre ramène cette cérémonie à taille humaine. Starter, Rare, Medium et Well Done font du développement formel l’équivalent d’une commande au restaurant.

Naissance et transformation fournissent le lien musical le plus profond. Des formes anciennes deviennent des arrangements rock, un thème change d’instrumentation et un nouveau batteur entre dans un ensemble établi sans qu’on lui demande de s’effacer.

Pierre et néon

Le classicisme du marbre rencontre l’enseigne lumineuse d’un restaurant

La pochette ouvrante emploie une surface marbrée, un lettrage formel à empattements pour Focus et un traitement lumineux et flou du titre de l’album. Pierre classique et néon de restaurant donnent une forme visuelle à la collision centrale du titre.

À l’intérieur, les photographies de Graham Hughes présentent les musiciens et leur environnement de travail plutôt que de prolonger littéralement la plaisanterie du hamburger. L’ensemble équilibre monument et atelier humain.

Sur le 33-tours original, les quatre titres de la première face font face aux six mouvements culinaires imprimés pour la seconde. La typographie rend visible la construction interne de la suite avant même l’écoute.

Les éditions ultérieures indexent souvent tout le concerto comme une seule piste. La pochette reste utile parce qu’elle préserve la carte en six parties.

Mai 1974

Un dernier chapitre britannique dans les classements pour l’époque classique

Hamburger Concerto paraît en mai 1974 comme quatrième album studio de Focus. Il atteint la vingtième place en Grande-Bretagne et reste cinq semaines dans le classement des albums.

Harem Scarem est choisi comme single dans plusieurs territoires, mais l’identité de l’album reste liée à l’œuvre-titre occupant une face entière plutôt qu’à un succès transversal comparable à Sylvia. Le groupe joue ce matériau en tournée avec Allen et des performances télévisées montrent que Birth et le concerto peuvent fonctionner au-delà du montage de studio.

Son résultat dans les classements est inférieur à ceux de Moving Waves ou Focus 3, mais place tout de même un disque exigeant et largement instrumental dans le top vingt britannique. Il devient le dernier album studio des années 1970 du groupe à s’y classer.

Un sommet du catalogue

L’aboutissement avant le changement de direction de Mother Focus

L’album est largement considéré comme l’aboutissement de la première période progressive de Focus parce qu’il intègre, au lieu de simplement juxtaposer, langage classique et puissance de l’ensemble rock. Ses contrastes deviennent un vocabulaire commun.

La composition-titre rejoint Eruption et Anonymus II parmi les grandes déclarations de longue forme, mais sa récurrence en six parties est plus étroitement composée que l’architecture soliste ouverte de cette dernière.

La contribution de Colin Allen donne au disque une identité rythmique unique. Il ne reste que pour une petite partie du projet suivant, ce qui fait de cet album le document complet de sa formation de Focus.

Mother Focus privilégiera des pièces jazz-funk plus courtes et une implication réduite d’Akkerman. Entendu avant ce virage, Hamburger Concerto ressemble moins à une formule permanente qu’à un sommet final d’une concentration exceptionnelle.

Le disque complète également une série de solutions différentes à la forme occupant une face d’album. Eruption construit une récurrence mythique, Anonymus II s’ouvre sur une improvisation individuelle prolongée et Hamburger Concerto utilise six mouvements coécrits avec un contrôle thématique plus explicite. Ensemble, ils montrent Focus révisant la longue forme plutôt que répétant un modèle couronné de succès. La vie ultérieure de la suite en concert confirme que son détail de studio pouvait encore soutenir une performance directe du quartet.

Quelle édition ?

Cinq plages originales, une coda d’archives

33-tours original de cinq titresQuatre pièces sur la première face et l’œuvre-titre en six parties sur la seconde.
Éditions Red Bullet de 2001/2020Ajoutent Early Birth après l’album original et conservent le concerto dans un seul fichier.
Anthologie 50 YearsAjoute un montage de Harem Scarem et des mixages alternatifs à côté de l’album.

Écoutez d’abord les cinq titres originaux. Early Birth est un précieux matériau de séance, mais modifie la fin conçue s’il suit sans contexte le carillon de One for the Road.

Utilisez les six noms de mouvements imprimés pendant l’écoute du morceau-titre. Ils identifient des changements de composition qu’un unique index numérique de vingt minutes dissimule.

Les masters Red Bullet de 2001 et 2020 permettent d’identifier facilement le programme principal. L’anthologie n’est préférable que lorsque les mixages alternatifs et le montage du single font partie de l’objectif d’écoute.

Gardez Ship of Memories à proximité comme archive séparée. Son matériau de Chipping Norton en 1973 documente le chemin abandonné entre Focus 3 et cet album achevé.

Un parcours d’écoute

Écoutez comment la première face enseigne le langage de la seconde

  1. Première écoute : Écoutez le 33-tours original sans Early Birth et préservez le changement de face avant le concerto.
  2. Suivez Colin Allen : Remarquez comment batterie, congas, timbales et petites percussions articulent différentes échelles.
  3. Cartographiez la suite : Utilisez les six intitulés culinaires comme repères des changements de compositeur, de texture et de voix principale.
  4. Revenez à Birth : Comparez sa récurrence achevée à Early Birth seulement après la fin de l’album.
  5. Poursuivez : Passez à Ship of Memories pour la voie abandonnée de 1973, puis à Mother Focus pour le virage stylistique.

Pistes de recherche

Sources et lectures complémentaires

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Genres et scènes

Sons et instruments

  • Mellotron