Le disque
En bref
- Artiste
- The Incredible String Band
- Parution
- Octobre 1971
- Album
- Neuvième album
- Titres originaux
- Douze
- Label
- Island ILPS 9172
- Producteur
- Stanley Schnier
Pourquoi cet album compte
Une nouvelle formation de quatre personnes trouve une structure sans perdre sa multiplicité
Liquid Acrobat as Regards the Air présente une formation de The Incredible String Band profondément remaniée sans faire du changement de personnel une raison d’abandonner la méthode multi-instrumentale du groupe. Malcolm Le Maistre remplace Rose Simpson au sein du quartet, ajoutant bouzouki, clarinette, flûtes à bec, mandoline, orgue, harmonica, percussions et voix. La structure en douze titres rétablit une écriture concise après le vaste projet U et l’album mêlant concert et film Be Glad for the Song Has No Ending. Six morceaux par face créent un équilibre formel, mais Darling Belle occupe près de onze minutes à la fin et modifie le poids de la seconde moitié.
Gerry Conway joue de la batterie sur Dear Old Battlefield, Painted Chariot et Adam and Eve ; Stan Lee ajoute pedal steel au morceau d’ouverture et basse à Adam and Eve. Ces interventions apportent une section rythmique plus nette et une couleur country à certains arrangements sans devenir une formule générale. Oud, violoncelle, hautbois, flûtes à bec et cordes de Williamson coexistent avec orgue, piano, piano électrique, guitares et basse de Heron ; l’expansion électrique appartient ainsi à un échange de timbres plus large. Le disque compte parce qu’accessibilité et étrangeté se renforcent : les formes compactes rendent chaque relais inhabituel plus facile à entendre.
Londres, 1971
Après U et Be Glad, retour à l’album studio
The Incredible String Band entre en 1970 comme quartet formé de Williamson, Heron, McKechnie et Simpson. I Looked Up offre un album studio de six titres, tandis que U devient un double album musical et théâtral. Be Glad for the Song Has No Ending suit chez Island comme bande originale mêlant concerts et séquence studio. Au moment des séances de Liquid Acrobat, Simpson a quitté la formation et Le Maistre en est devenu le quatrième membre.
Le groupe enregistre à Londres en août 1971 aux studios Sound Techniques et Island. Stanley Schnier produit, Roger Mayer assure la prise de son et le groupe reçoit également un crédit de production. Le passage chez Island inscrit l’ensemble dans une nouvelle période discographique sans effacer les habitudes instrumentales développées sous Joe Boyd. Island publie ILPS 9172 en octobre 1971 ; Earthspan suit en 1972.
Un quartet remanié
Le Maistre arrive ; Conway et Stan Lee restent des invités aux rôles délimités
Williamson écrit six morceaux complets ainsi que la partie originale Eyes Like Leaves de la suite de gigues, tenant des rôles principaux de l’ouverture jusqu’à la longue conclusion. Ses cordes frottées, anches et flûtes à bec donnent à l’album un registre médian exceptionnellement large, tandis que le oud et la guitare préservent la continuité avec les disques précédents. Heron écrit cinq titres et coécrit Cosmic Boy avec McKechnie, concentrant guitare électrique, claviers et formes mélodiques concises. Le chant principal de McKechnie sur Cosmic Boy, Here Till Here Is There et Darling Belle fait d’elle une présence dramatique à part entière plutôt qu’une couleur d’arrière-plan.
Le Maistre modifie immédiatement la grammaire du groupe : sa basse et ses claviers peuvent soutenir un mouvement de chanson conventionnel, puis sifflet, flûte à bec, kazoo ou bouzouki le redirigent. Les trois apparitions de Conway à la batterie se limitent aux morceaux deux, six et sept, évitant l’affirmation erronée que tout l’album emploie une section rythmique rock permanente. Les deux crédits de Stan Lee sont tout aussi précis : pedal steel sur l’ouverture et basse sur Adam and Eve. Schnier et Mayer donnent définition à la basse amplifiée et à la batterie tout en maintenant les nombreux instruments acoustiques individuellement lisibles.
Échange acoustique-électrique
Le rythme électrique rencontre oud, hautbois, violoncelle, flûtes à bec et gigues
Talking of the End s’ouvre avec le oud, le violon et le sifflet de Williamson aux côtés de l’orgue, de l’harmonium et de la pedal steel ; la fin devient un commencement grâce à des couleurs incompatibles maintenues ensemble. Dear Old Battlefield place la batterie de Conway et la basse de Le Maistre sous la chanson de Williamson menée par la guitare, donnant au souvenir du conflit une marche ferme vers l’avant. Cosmic Boy pose le chant principal de McKechnie sur piano et voix superposées, rendant l’échelle céleste ludique et intime. Worlds They Rise and Fall et Evolution Rag condensent de grandes idées historiques dans de courts arrangements : le premier par l’ascension et la chute mélodiques de Heron, le second par un rythme théâtral et la couleur du kazoo.
Painted Chariot clôt la première face par une énergie électrique, l’orgue, le hautbois et la batterie de Conway. Adam and Eve redémarre avec piano électrique, basse et batterie, avant que Red Hair ne se contracte en une miniature de personnage de deux minutes signée Heron. Here Till Here Is There utilise flûtes à bec et flûte traversière pour alléger son jeu verbal sur l’espace ; Tree revient au piano, à la mandoline, au bouzouki et au tambourin. La suite de gigues rétablit la continuité de la danse avant que Darling Belle ne transforme voix, cordes, vents et scènes changeantes en destination de onze minutes.
Guide des titres
Douze pièces, de Talking of the End à Darling Belle
Talking of the End
Williamson commence par parler d’une fin alors que l’album ne fait que débuter. Oud, violon, sifflet, orgue, harmonium et pedal steel de Stan Lee occupent un même arrangement, faisant de la finalité une conversation entre directions non résolues.
Dear Old Battlefield
Guitare, basse, orgue et batterie de Conway donnent à l’adresse de Williamson une marche régulière qui ne devient jamais célébration militaire. L’adjectif affectueux et le lieu endommagé restent en tension, transformant le souvenir du conflit en familiarité inquiète.
Cosmic Boy
La musique de Heron et le crédit de paroles de McKechnie se rejoignent dans son chant principal. Piano et voix collectives ramènent le titre cosmique à un portrait humain compact, rapprochant davantage humour et affection que grandeur.
Worlds They Rise and Fall
Heron fait tenir un cycle immense en un peu plus de trois minutes. Guitare, piano, harmonium, violon et violoncelle avancent avec la voix plutôt que d’illustrer chaque monde ; la compression rend l’ascension et la chute aussi ordinaires que cosmiques.
Evolution Rag
Williamson transforme l’échelle de l’évolution en rag théâtral. Orgue, mandoline, kazoo et percussions rendent le changement corporel et comique, refusant la marche ascendante solennelle que le titre pourrait suggérer.
Painted Chariot
Heron clôt la première face avec guitare, orgue, hautbois, mandoline et batterie de Conway. Le char peint gagne un élan électrique, tandis que sa surface maintient distincts image et véhicule ; le mouvement emporte la face sans résoudre ses cycles historiques.
Adam and Eve
Williamson ouvre la seconde face en plaçant un récit d’origine dans piano électrique, guitare, basse de Stan Lee et batterie de Conway. L’arrangement compact traite le commencement comme social et rythmique plutôt que monumental.
Red Hair
La pièce de deux minutes de Heron se contracte immédiatement après le récit d’origine. Guitare, piano, harmonium, orgue et violoncelle encadrent un détail humain visible, faisant de la singularité une réponse au couple archétypal précédent.
Here Till Here Is There
Le titre de Williamson déplace le lieu par la grammaire avant même que la musique ne commence. Flûte, flûte à bec basse et flûte à bec ténor créent de la profondeur autour des voix de Williamson et McKechnie ; le lieu change selon la voix et le souffle, non par le voyage.
Tree
Heron revisite un matériau associé au tout premier répertoire du groupe avec une nouvelle formation. Piano, mandoline, bouzouki de Le Maistre et tambourin de McKechnie rendent le retour audible comme réarrangement, non comme tentative de reproduire le premier album.
Jigs: Eyes Like Leaves / Sunday Is My Wedding Day / Drops of Whiskey / Grumbling Old Men
La gigue d’ouverture de Williamson passe à trois airs traditionnels sans être divisée en morceaux distincts. Violon, sifflet, autoharpe et mandoline rétablissent une danse sociale continue juste avant le plus long récit du disque.
Darling Belle
Williamson conclut par un portrait de onze minutes façonné par chant principal et voix répondantes, guitare, hautbois, flûte, banjo, glockenspiel et arrangement de cordes. Le temps traverse des scènes et relations vocales changeantes, faisant d’une vie humaine l’échelle finale après les mondes, l’évolution et l’origine.
Changement à plusieurs échelles
Fins, conflit, évolution, origine, lieu et durée d’une vie humaine
L’album ne possède pas d’intrigue continue, mais passe constamment de très vastes processus à des vies humaines particulières. Talking of the End et Dear Old Battlefield abordent les fins et les dégâts de l’histoire par l’adresse directe. Cosmic Boy et Worlds They Rise and Fall font entrer l’échelle cosmique dans des chansons compactes, sans traiter la grandeur comme une exigence de durée. Evolution Rag et Adam and Eve rendent les origines biologiques et mythiques ludiques, rythmiques et ouvertes à la réinterprétation.
Red Hair et Here Till Here Is There ramènent l’attention vers l’identité incarnée et l’instabilité du lieu. Tree et les gigues traitent l’héritage comme quelque chose que de nouvelles personnes rejouent, non comme un objet préservé intact. Darling Belle réserve enfin la plus longue durée de l’album à une vie humaine plutôt qu’à l’histoire du monde. Le titre Liquid Acrobat saisit la méthode : l’équilibre existe, mais seulement grâce à un changement constant de forme et de position.
Island 9172
Une pochette ouvrante Island conçue par Shankman-Williamson
Le LP britannique original chez Island porte la référence ILPS 9172. Six morceaux occupent chaque face, Painted Chariot et Darling Belle en constituant les fins respectives. Janet Shankman-Williamson est créditée pour la conception et l’illustration de la pochette.
Mitch Walker fournit la photographie de couverture et Mike Blore l’assiste. La pochette ouvrante donne à la formation remaniée une identité propre à la période Island plutôt que de reprendre le langage visuel d’Elektra. Le titre complet doit être conservé : le raccourcir en Liquid Acrobat fait perdre la proposition d’équilibre as Regards the Air.
Un bref retour au classement
46e au Royaume-Uni et 189e aux États-Unis
Island publie Liquid Acrobat as Regards the Air en octobre 1971. L’album entre au classement britannique le 30 octobre, atteint la 46e place et y reste une semaine. Aux États-Unis, il atteint la 189e place du classement Billboard et y demeure trois semaines.
Cette entrée britannique marque un retour au classement après l’absence de Be Glad for the Song Has No Ending. Les commentaires contemporains relèvent les chansons plus structurées ainsi que le mélange d’humour, de poids électrique et d’instrumentation insolite. Les critiques rétrospectives le décrivent souvent comme l’un des disques tardifs les plus accessibles, tout en conservant des réserves envers les excentricités vocales et lyriques caractéristiques du groupe.
Le neuvième album
Un équilibre tardif accessible entre chanson et expérimentation
Liquid Acrobat constitue la meilleure introduction à la formation avec Le Maistre, car chaque membre possède une autonomie instrumentale et vocale audible. Ses éléments électriques comptent, mais le disque ne peut être réduit à un virage électrique tant que oud, hautbois, violoncelle, flûtes à bec, violon et autoharpe restent structurels. L’équilibre de six morceaux par face rend sa variété plus facile à parcourir que le vaste projet U. Cosmic Boy donne à McKechnie un crédit de coécriture et un chant principal important, concrétisant l’identité collective de l’album.
La piste de gigues place un air original de Williamson à côté de matériau traditionnel sans masquer leurs auteurs différents. Tree relie la formation remaniée au répertoire du premier album par le réarrangement plutôt que la nostalgie. Darling Belle prouve qu’un album concis peut encore soutenir une grande forme finale, réservant la durée à un arc temporel humain. Sa réussite durable est une pluralité maîtrisée : une section rythmique plus régulière apparaît lorsque nécessaire, mais aucun arrangement ne devient le modèle du suivant.
Programme original
Préserver les six titres par face et la piste complète des gigues
L’album original contient douze titres, six sur chaque face du LP. Painted Chariot clôt la première face. Darling Belle constitue la fin originale.
Les quatre gigues forment une seule piste de l’album. Conway joue de la batterie uniquement sur les morceaux deux, six et sept. Stan Lee n’apparaît que sur les morceaux un et sept. Be Glad ne fait pas partie de l’album original.
Parcours d’écoute
Suivre deux faces équilibrées vers le long portrait final
- Écoutez la pedal steel compliquer la texture initiale de oud et violon.
- Remarquez le changement de section rythmique sur Dear Old Battlefield.
- Suivez trois transformations compactes jusqu’à Painted Chariot.
- Repartez avec la pulsation électrique d’Adam and Eve.
- Passez d’un détail humain à un lieu instable, puis à un Tree renouvelé.
- Gardez les quatre gigues réunies.
- Accordez à Darling Belle les onze dernières minutes sans interruption.
Pistes de recherche
Sources et lectures complémentaires
- Programme numérique officiel de douze titres — Apple Music / Island
- Liste des titres, auteurs, personnel détaillé et production — AllMusic
- Catalogue Island original, faces et durées — Archives du LP britannique original
- Fiches de l’édition originale, des auteurs et de l’illustration — Collection de vinyles Bertelsmann
- Historique officiel du classement britannique — Official Charts Company
- Historique du classement américain des albums — Billboard
- Critique contemporaine de décembre 1971 et fiche ILPS 9172 — Archives de Beat Instrumental