The West Coast Pop Art Experimental Band associe une écriture folk-rock précise à la guitare fuzz, à l’orchestration, au sitar électrique et au collage en studio. Ses trois albums Reprise passent des chansons compactes de Part One aux contrastes plus tranchés de Vol. 2, puis au malaise prolongé de A Child’s Guide to Good and Evil.
Ces disques naissent d’un partenariat inhabituellement divisé. Michael Lloyd et les frères Shaun et Danny Harris construisent une grande partie du cadre musical initial ; Ron Morgan devient ensuite le principal guitariste soliste ; Bob Markley finance le projet, contrôle son nom et ses droits d’édition, et écrit de nombreuses paroles. La tension s’entend, mais c’est le savoir-faire des musiciens — et non la mythologie autour de Markley — qui donne au catalogue sa force durable.
L’émeute liée au couvre-feu du Sunset Strip en novembre 1966, dans la contre-culture de Los Angeles qui entoure The West Coast Pop Art Experimental Band.Photo : Irv Glaser, Lou Blackburn, William Warren / Wikimedia Commons · Domaine public. Convertie en WebP pour cette page.
Formation et histoire
Avant l’apparition de ce long nom, Michael Lloyd, Shaun Harris, Danny Harris et le batteur John Ware enregistrent sous celui de The Laughing Wind dans un studio domestique installé chez Lloyd. Le producteur et figure de la scène Kim Fowley les présente à Bob Markley en 1965. Markley propose matériel, soutien pour les tournées et spectacle lumineux en échange d’une place de chanteur et parolier ; l’accord lui attribue également le nom du groupe et les droits d’édition.
Le 33-tours Volume One, publié par Fifo en 1966, constitue un document de transition : il mêle reprises, enregistrements plus anciens et plusieurs chansons associées à Markley. Un contrat avec Reprise produit ensuite trois albums distincts — Part One et Vol. 2 en 1967, puis Volume 3: A Child’s Guide to Good and Evil en 1968. Ron Morgan rejoint le groupe pour la période Reprise, tandis que Lloyd, Ware et Danny Harris partent à différents moments au fil de la désagrégation de la formation.
Après l’abandon du groupe par Reprise, Where’s My Daddy? paraît chez Amos en 1969 avec Markley et les frères Harris crédités sur la pochette, bien que Lloyd et Morgan y contribuent également. Le dernier album, Markley, A Group, sort chez Forward en 1970 sous le nom de Markley, mais fait encore intervenir des musiciens de WCPAEB. Le projet prend fin peu après.
Son et style
Les premiers enregistrements Reprise équilibrent harmonies serrées, guitare rythmique acoustique et formes pop brèves avec des détails volontairement abrasifs. « I Won’t Hurt You » utilise une pulsation étouffée et un mélange vocal fragile ; « Transparent Day » est un folk-rock vif ; « Help, I’m a Rock » interrompt l’écriture par la répétition et le bruit. Le contraste est structurel plutôt que décoratif : une surface policée peut céder sans avertissement.
Sur Vol. 2, la guitare fuzz et le sitar électrique de Morgan durcissent l’attaque, tandis que la basse de Shaun Harris et les arrangements vocaux maintiennent l’ancrage des chansons. Volume 3 élargit encore la palette avec voix parlées, orchestration, déplacements stéréo et passages « Ritual » récurrents. « In the Country » avance sur une guitare saturée ; « Eighteen Is Over the Hill » reste aérien et mélodique ; le silencieux « Anniversary of World War III » fait de l’absence elle-même le geste final.
Albums essentiels
1967
Part One
Reprise · Édition originale de 1967
Le premier 33-tours Reprise est le disque le plus concis et le plus centré sur les chansons du groupe. « Shifting Sands » s’ouvre sur un fuzz sec et un contrepoint vocal, tandis que le rythme semblable à un battement de cœur et la texture filtrée de « I Won’t Hurt You » rendent la tendresse incertaine. « Transparent Day » et « Here’s Where You Belong » de P. F. Sloan montrent l’aisance folk-rock du groupe ; « Will You Walk with Me » ajoute une orchestration baroque ; la reprise de Frank Zappa « Help, I’m a Rock » constitue le centre perturbateur. Cette diversité ne submerge jamais les chansons courtes et soigneusement ordonnées.
Titres clés : Shifting Sands · I Won’t Hurt You · Transparent Day
En l’absence de Lloyd, le deuxième album Reprise repose davantage sur l’écriture conjointe de Markley et Shaun Harris ainsi que sur le jeu de guitare plus incisif de Ron Morgan. Le refrain pacifiste de « Suppose They Give a War and No One Comes » côtoie la couleur prolongée du sitar électrique dans « Smell of Incense », la pression fuzz de « In the Arena » et le ton inquiétant de comptine de « Unfree Child ». Moins unifié que Part One, il définit néanmoins le caractère divisé du groupe par ses collisions entre protestation, satire, mélodie et menace.
Titres clés : In the Arena · Smell of Incense · Suppose They Give a War and No One Comes
Le dernier album Reprise est l’expression la plus pleinement accomplie du versant expérimental du groupe. « Eighteen Is Over the Hill » commence dans un folk-pop lumineux, « In the Country » répond par un fuzz lourd, et les deux pièces « Ritual » emploient sitar électrique et effets de studio comme repères récurrents. Les interludes parlés et la chanson-titre transforment la séquence en méditation fragmentée sur l’innocence, le pouvoir et la guerre. Le silence final de « Anniversary of World War III » achève le dispositif au lieu d’offrir une résolution.
Titres clés : Eighteen Is Over the Hill · Ritual #1 · A Child’s Guide to Good and Evil
Commencez avant Reprise avec Volume One (1966), dont les reprises et les premiers morceaux de The Laughing Wind révèlent les fondations garage et R&B des musiciens. Après les trois 33-tours Reprise, Where’s My Daddy? (1969) propose une suite plus sombre et plus lâche ; plusieurs chansons placent de jeunes personnages féminins au centre d’une manière qui appelle une distance critique plutôt qu’une excuse nostalgique.
Markley, A Group (1970) s’aborde surtout comme le dernier disque adjacent à WCPAEB : il porte le nom de Markley, paraît chez Forward et contient des compositions de Danny Harris, Michael Lloyd et Shaun Harris. Pour la période centrale, le coffret quatre CD publié par Grapefruit en 2023, A Door Inside Your Mind, réunit les mixages mono et stéréo des trois albums Reprise, ainsi que des prises inédites et une version alternative de Volume 3.
Les meilleurs disques du groupe résistent à l’idée que le psychédélisme de Los Angeles possédait un son établi unique. Accroches folk-rock, attaque garage, arrangements baroques et perturbations sur bande coexistent sans être lissés en un style uniforme. Cette instabilité fait du groupe une référence utile pour les auditeurs ultérieurs de pop psychédélique et d’indie attirés par une beauté aux contours abîmés.
Le catalogue exige aussi une lecture historique adulte. Sa réussite appartient à un ensemble de musiciens talentueux, souvent très jeunes, travaillant dans un partenariat inégal, tandis que certaines paroles de Markley restent troublantes. Les archives complètes de la période Reprise publiées par Grapefruit rendent les preuves musicales plus faciles à entendre en détail : les mixages alternatifs et mono soulignent à quel point arrangements, timbres de guitare et construction en studio façonnent ces disques.
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