Blues Magoos transpose l’économie d’un groupe de clubs new-yorkais en activité dans la première vague commerciale du psychédélisme américain. Psychedelic Lollipop place le nouveau vocabulaire directement dans son titre, mais l’identité du disque naît de l’interaction entre l’orgue électrique de Ralph Scala, les guitares de Peppy Castro et Mike Esposito, la basse de Ron Gilbert et la batterie de Geoff Daking.
Cette formation enregistre trois albums pour Mercury entre 1966 et 1968. Au fil des disques, fuzz, montages brusques et emballages colorés se développent autour de chansons concises au lieu de les remplacer. Le résultat appartient autant au garage rock et au rhythm and blues qu’au psychédélisme.
Blues Magoos sur une photographie de KRLA Beat datant de 1967.Photo : KRLA Beat / Beat Publications / Wikimedia Commons · Domaine public. Conversion en WebP pour cette page.
Formation & histoire
Ralph Scala et Ron Gilbert fondent les Trenchcoats dans le Bronx en 1964 avec le guitariste et chanteur Emil « Peppy » Thielhelm, le guitariste solo Dennis LePore et le batteur Jon Finnegan. Le groupe joue dans les clubs de Greenwich Village, modifie l’orthographe de son nom de Bloos Magoos en Blues Magoos et grave un premier single pour Verve Folkways avant de signer chez Mercury. Au moment des séances Mercury, Mike Esposito a remplacé LePore et Geoff Daking a succédé à Finnegan.
Psychedelic Lollipop paraît en 1966, et « (We Ain’t Got) Nothin’ Yet » atteint le Top 5 américain. Electric Comic Book suit en 1967, puis Basic Blues Magoos en 1968, après quoi les cinq membres classiques cessent de travailler ensemble. La direction utilise ensuite le nom pour une nouvelle formation ABC menée par Castro ; ses albums aux influences latines Never Goin’ Back to Georgia et Gulf Coast Bound ne doivent pas être confondus avec une prolongation du son du quintette Mercury.
Scala, Castro et Daking se réunissent pour des concerts en 2008. En 2014, ces trois musiciens, rejoints par le guitariste Mike Ciliberto et le bassiste Peter Stuart Kohman, publient Psychedelic Resurrection, mêlant nouveaux morceaux et nouveaux enregistrements de chansons anciennes.
Son & style
L’orgue Vox de Scala fournit à la fois une pulsation proche de la basse et des accroches mélodiques lumineuses, tandis que les deux guitares se partagent rythme, fuzz et brèves figures solo. Gilbert et Daking maintiennent des arrangements compacts ; les chants collectifs et les réponses empêchent les textures les plus lourdes de se transformer en longues jams. Sur « (We Ain’t Got) Nothin’ Yet », le motif récurrent de l’orgue est le moteur de la chanson plutôt qu’une couleur d’arrière-plan.
Le deuxième album intègre sa présentation à l’expérience d’écoute : « Intermission » interrompt la séquence, un « Gloria » de six minutes étend le répertoire de club du groupe et le bref « That’s All Folks » clôt le disque comme la formule finale d’un dessin animé. Basic Blues Magoos réduit ce cadre ludique, augmente la part des morceaux écrits par le groupe et laisse l’harmonie et les arrangements porter davantage de couleur.
Albums essentiels
1966
Psychedelic Lollipop
Mercury · Édition originale de 1966
Le premier album équilibre les compositions du groupe avec des morceaux issus de son répertoire rhythm and blues et folk rock. « (We Ain’t Got) Nothin’ Yet » concentre l’attaque menée par l’orgue dans un single à succès ; « Tobacco Road » transforme la chanson de John D. Loudermilk en une interprétation de studio dynamique ; « Love Seems Doomed » montre comment Scala et Gilbert pouvaient écrire dans le même langage compact.
Le deuxième album conserve le quintette original et les producteurs Bob Wyld et Art Polhemus, mais accorde au groupe davantage de compositions originales. « Pipe Dream » et « There’s a Chance We Can Make It » ouvrent la voie avec des chansons courtes et étroitement arrangées ; « Gloria » dépasse six minutes, tandis que « Intermission » et « That’s All Folks » transforment le cadre de bande dessinée en structure.
Titres clés : Pipe Dream · There’s a Chance We Can Make It · Albert Common Is Dead
Le troisième album Mercury est le disque le plus autonome de la formation classique, le groupe étant crédité à la production de la plupart des titres. « Sybil Green » s’ouvre sur une harmonie plus dense, leur version de « I Can Hear the Grass Grow » des Move relie deux branches du psychédélisme de 1967, et « President’s Council on Psychedelic Fitness » conserve le tranchant satirique du groupe sans répéter les procédés de dessin animé du disque précédent.
Titres clés : Sybil Green (Of the In Between) · I Can Move a Mountain · President’s Council on Psychedelic Fitness
Le single Verve Folkways de 1966 « The People Had No Faces » / « So I’m Wrong and You Are Right », publié sous le nom Bloos Magoos, conserve le groupe avant sa percée chez Mercury.
Never Goin’ Back to Georgia (1969) introduit la toute nouvelle formation de Castro aux influences latines ; il faut l’aborder comme un chapitre distinct plutôt que comme le quatrième album du célèbre quintette.
Psychedelic Resurrection (2014) réunit Scala, Castro et Daking et documente la manière dont trois membres ont choisi de revisiter le catalogue plusieurs décennies plus tard.
Blues Magoos démontre que le psychédélisme américain des débuts ne se limitait ni aux longues improvisations ni à la côte Ouest. Ses meilleurs disques emploient des formes courtes, des reprises familières et une section rythmique formée dans les clubs, tandis que le timbre de l’orgue, la fuzz et l’ordre des morceaux transforment la manière dont ces formes sont perçues.
La chronologie révèle également la rapidité du marché autour du mot « psychédélique » : trois albums Mercury paraissent en moins de deux ans, chacun négociant l’écart entre une image promue et l’autonomie créatrice croissante des musiciens. Cette évolution documentée est plus révélatrice que d’affirmer que le groupe aurait inventé un terme ou un genre.
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