Vanilla Fudge considère la reprise comme un acte de reconstruction. Le quatuor classique pouvait prendre une chanson contemporaine concise, en ralentir le tempo, agrandir ses transitions et la rebâtir autour de l’orgue Hammond, des harmonies vocales et d’une section rythmique conçue pour remplir la pièce. Son enregistrement de 1967 de « You Keep Me Hangin’ On » en est l’exemple le plus clair, mais cette méthode façonne toute une série d’albums parus chez Atco.
La première période du groupe avance à une vitesse inhabituelle : un premier album fondé sur les reprises, le collage expérimental The Beat Goes On du producteur Shadow Morton, Renaissance, écrit en majeure partie par le groupe, puis deux autres albums studio paraissent tous entre 1967 et 1969. Chaque disque réoriente la méthode du groupe et retrace l’évolution de l’équilibre entre arrangement, écriture et puissance du jeu collectif.
Vanilla Fudge sur une photographie sous licence.Photo : CarterLennon / Wikimedia Commons · Sous licence CC BY-SA 4.0. Conversion en WebP pour cette page.
Formation et histoire
Le groupe naît des Pigeons, formation de clubs de la côte Est construite autour de l’organiste et chanteur Mark Stein, du bassiste et chanteur Tim Bogert et du guitariste et chanteur Vince Martell. Carmine Appice remplace le batteur Joey Brennan à la fin de 1966. Au début de 1967, le producteur George « Shadow » Morton entend le groupe interpréter son arrangement radicalement ralenti du « You Keep Me Hangin’ On » des Supremes, l’enregistre et l’aide à obtenir un contrat chez Atco ; le label exige un nouveau nom, et les Pigeons deviennent Vanilla Fudge.
Le premier album éponyme atteint le Top 10 américain, et une version abrégée en single de « You Keep Me Hangin’ On » devient à son tour un succès du Top 10 lorsqu’Atco la ressort en 1968. Le quatuor enchaîne avec The Beat Goes On et Renaissance en 1968, puis Near the Beginning et Rock & Roll en 1969. Des tournées incessantes et des tensions internes précèdent la séparation de la formation originale au début de 1970.
Bogert et Appice fondent ensuite Cactus, puis jouent ensemble au sein de Beck, Bogert & Appice. Vanilla Fudge se reforme dans plusieurs configurations à partir des années 1980. Tim Bogert se retire des tournées en 2009 et meurt en 2021 ; Pete Bremy reprend ensuite le rôle de bassiste aux côtés de Stein, Martell et Appice, et le site officiel du groupe continue d’annoncer des concerts de cette formation.
Son et style
Les arrangements reposent sur l’échelle et le contraste, non sur la seule distorsion. Le Hammond de Stein peut soutenir des accords comme un tapis orchestral, puis devenir abrasif grâce à l’amplification Leslie. La basse de Bogert constitue une voix indépendante et très audible ; Appice lui répond par des roulements puissants, des gonflements de cymbales et un son de grosse caisse démesuré. Martell apporte couleurs de guitare, riffs et réponses mélodiques, tandis que les quatre musiciens participent aux couches vocales.
Appice a décrit les arrangements de club du groupe comme des « numéros de production » : les chansons étaient ralenties et divisées en sections dont l’éclairage, les dynamiques et les gestes instrumentaux suivaient le texte. Voilà pourquoi « You Keep Me Hangin’ On » fait davantage qu’étirer l’enregistrement des Supremes. L’ouverture suspendue à l’orgue, les quasi-silences, les échanges vocaux et les entrées soudaines du groupe entier transforment la demande de libération en une succession de tensions et d’impacts. Sur les disques suivants, le même ensemble pouvait se tourner vers le collage sur bande, les compositions originales ou une attaque hard rock plus directe.
Albums essentiels
1967
Vanilla Fudge
Atco · Édition originale de 1967
Le premier album applique une identité collective unique à des chansons associées aux Beatles, aux Zombies, aux Impressions, aux Supremes, à Evie Sands et à Cher. Les courts intermèdes « Illusions of My Childhood » contribuent à relier la séquence, tandis que « You Keep Me Hangin’ On » transforme un morceau Motown concis en long drame de suspense à l’orgue, de contrepoint vocal et d’impact rythmique. « Ticket to Ride » et « Eleanor Rigby » montrent que la méthode ne se réduit pas à un tempo fixe : le quatuor remodèle phrasé et dynamiques selon chaque chanson d’origine.
Titres clés : Ticket to Ride · You Keep Me Hangin’ On · Eleanor Rigby
Il ne s’agit pas d’un ensemble conventionnel de longues reprises réarrangées. Shadow Morton l’organise comme un collage historique continu autour de fragments de la phrase-titre de Sonny Bono, avec voix parlées, effets de bande, citations de Beethoven et brèves références à des musiques populaires antérieures. Le groupe joue au sein de cette construction, mais ses membres décriront ensuite le projet comme le concept de Morton et comme une interruption de l’album qu’ils avaient commencé. Sa valeur est documentaire et expérimentale ; c’est le point de départ le moins représentatif de la méthode fondamentale du quatuor.
Passages clés : The Beat Goes On · Beethoven’s Moonlight Sonata · Voices in Time
Après le collage mené par le producteur sur The Beat Goes On, le troisième album remet le quatuor au centre et fait de l’écriture originale la règle plutôt que l’exception : cinq des sept morceaux du 33-tours original sont crédités à des membres du groupe. « The Sky Cried – When I Was a Boy » passe d’une chanson concise à un cadre instrumental plus sombre, tandis que « Thoughts » laisse à l’orgue de Stein et aux voix du groupe la place de se développer. « Season of the Witch » de Donovan reste la grande réinterprétation, intégrant des paroles de « We Never Learn » d’Essra Mohawk.
Titres clés : The Sky Cried – When I Was a Boy · Thoughts · Season of the Witch
Near the Beginning (1969) réunit quatre morceaux sur le 33-tours original. La face studio comprend « Shotgun », associé à Junior Walker ; « Break Song », longue interprétation live qui ouvre de l’espace à chaque instrumentiste, occupe une grande partie de la seconde face. Le disque montre à quel point l’identité du groupe dépendait de la dynamique scénique, et non du seul studio.
Rock & Roll (1969), produit par Adrian Barber, est le cinquième et dernier album studio de la période originale. Ses formes plus courtes et son attaque plus directe offrent un contrepoids utile au collage de The Beat Goes On et au premier album très élaboré. Le disque précède la séparation du début de 1970 au lieu d’inaugurer une nouvelle phase stable.
Vanilla Fudge fait de la lourdeur une question d’arrangement avant que le heavy rock ne se fixe dans un vocabulaire standard. La batterie imposante d’Appice, la basse au premier plan de Bogert et l’orgue amplifié de Stein pouvaient produire du poids sans dépendre de riffs rapides, tandis que l’écriture vocale à quatre voix maintenait le lien avec la soul et la pop.
Le catalogue forme aussi une étude concise de l’interprétation. Le premier album montre comment tempo et dynamiques peuvent transformer le sens émotionnel d’un texte ; The Beat Goes On consigne les risques encourus lorsqu’une identité est confiée au concept d’un producteur ; Renaissance vérifie si le groupe peut appliquer son intelligence de l’arrangement à ses propres chansons. Cette séquence en dit davantage qu’une simple liste de groupes ultérieurs présentés comme influencés.
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