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OrigineLondres, Angleterre
Activité1967–1970 ; réunion en 2002
GenreProto-prog / Rock symphonique
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Vue d’ensemble

Avant qu’Emerson, Lake & Palmer ne fasse du rock progressif dominé par les claviers un langage de grandes salles, The Nice en éprouvait la grammaire dans les clubs et les théâtres. Ses arrangements faisaient entrer Sibelius, Bach, Bernstein, Brubeck et l’improvisation jazz dans le psychédélisme britannique, souvent avec davantage d’agressivité que de révérence.

Le jeu de scène de Keith Emerson attirait l’attention, mais l’histoire du groupe ne se réduit pas à un prélude en solo. La guitare de Davy O’List donne au quatuor du premier album son instabilité psychédélique ; la basse et le chant sans fard de Lee Jackson empêchent le trio ultérieur de paraître trop policé ; la batterie sensible au jazz de Brian Davison rend possibles les brusques changements d’échelle. Entre chansons de studio, adaptations en concert et œuvres orchestrales commandées, The Nice documente le rock progressif à une époque où ses conventions restaient encore indéterminées.

The Nice — photographie sous licence
The Nice sur la scène de l’Ernst-Merck-Halle à Hambourg le 29 mars 1970. Photo : Dr Ronald Kunze / Wikimedia Commons · Sous licence CC BY 3.0. Conversion au format WebP pour cette page.

Formation et histoire

P. P. Arnold a besoin d’un groupe d’accompagnement en 1967, et Keith Emerson réunit le bassiste Lee Jackson, le guitariste Davy O’List et le batteur Ian Hague. Les musiciens jouent également leur propre première partie. En octobre, après seulement quelques mois auprès d’Arnold, ils deviennent indépendants ; Brian Davison remplace Hague et le quatuor poursuit sa route sous le nom de The Nice. O’List part en octobre 1968, laissant le trio orgue-basse-batterie que l’on entend sur l’essentiel d’Ars Longa Vita Brevis, Nice et Five Bridges.

Leur adaptation d’America de Bernstein mêle une mélodie de West Side Story à des citations, de l’improvisation et une interprétation provocatrice, rendant la méthode de réarrangement d’Emerson visible au-delà des albums. En 1969, il rencontre le bassiste et chanteur de King Crimson Greg Lake pendant une tournée américaine. Emerson annonce son départ au début de 1970 et forme ELP avec Lake et Carl Palmer ; The Nice honore ses derniers engagements puis cesse de se produire cette année-là. Emerson, Jackson et Davison se réunissent en 2002 pour une tournée britannique de quatre dates avec des membres du Keith Emerson Band ; l’enregistrement de Glasgow paraît sous le titre Vivacitas en 2003.

Son et style

Emerson traite la saturation du Hammond, le larsen, l’attaque percussive et les registrations de l’orgue comme des ressources de composition plutôt que comme des ornements. La basse de Jackson sert souvent à la fois d’ancrage et de contre-chant, tandis que Davison apporte des accents jazz et des transitions explosives. Sans guitariste permanent après 1968, le trio oblige le clavier à porter simultanément le riff, l’harmonie, le bruit et la suggestion orchestrale.

Le répertoire compte autant que l’instrumentation. Blue Rondo à la Turk de Dave Brubeck, la Suite Karelia de Sibelius, le Concerto brandebourgeois no 3 de Bach, des chansons de Dylan et des compositions pop originales ne sont pas présentés comme des pièces de musée : ils sont découpés, recombinés et soumis à la dynamique du rock. Les albums peuvent sembler instables parce que chansons, adaptations et grandes suites y coexistent, mais cette instabilité est historiquement révélatrice : le rock progressif s’y forme visiblement au lieu d’obéir à des règles déjà établies.

Albums essentiels

1968

The Thoughts of Emerlist Davjack

Immediate · Édition originale de 1968

The Thoughts of Emerlist Davjack saisit The Nice sous la forme d’un quatuor et contient donc des couleurs absentes de ses disques ultérieurs. La guitare de Davy O’List donne à Flower King of Flies et The Cry of Eugene un tranchant nettement psychédélique, tandis que Rondo transforme un thème issu du jazz en terrain d’expression pour le langage agressif de l’orgue d’Emerson. L’album appartient encore à la pop de 1967, avec des chansons concises aux côtés de passages prolongés, mais ses collisions en constituent précisément l’intérêt. Plutôt que d’y entendre un ELP immature, il faut écouter quatre musiciens découvrir que l’arrangement, la citation et l’improvisation amplifiée pouvaient transformer la forme d’un album rock.

Titres clés : Flower King of Flies · Rondo · The Cry of Eugene

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1968

Ars Longa Vita Brevis

Immediate · Édition originale de 1968

Ars Longa Vita Brevis rend explicite l’ambition orchestrale de The Nice. Leur traitement de Sibelius dans Intermezzo from the Karelia Suite oppose le poids du Hammond à une mélodie déjà chargée d’associations nationales et historiques. La suite-titre qui occupe une face entière combine sections collectives, interventions individuelles et orchestre dans une structure ambitieuse, même lorsque les raccords restent audibles. Davy O’List quittait le groupe pendant la création de l’album : la musique documente donc publiquement la transformation d’un quatuor en trio. Ses imperfections sont instructives : voici la suite progressive avant que le format ne se normalise.

Titres clés : Intermezzo from the Karelia Suite · Ars Longa Vita Brevis

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1969

Nice

Immediate · Édition originale de 1969

Nice partage son attention entre travail de studio compact et interprétation en concert. Azrael Revisited transforme une idée harmonique familière en attaque de claviers condensée, tandis que Hang on to a Dream de Tim Hardin permet à Emerson une retenue inhabituelle. En concert, She Belongs to Me développe Dylan par l’orgue, le rythme et la citation, montrant avec quelle radicalité le trio pouvait remodeler sur scène un matériau extérieur. La voix de Jackson reste un goût acquis, mais son grain empêche les passages plus calmes de devenir sentimentaux. C’est le disque qui offre l’image la plus nette de The Nice comme trio pleinement fonctionnel plutôt que comme projet de transition.

Titres clés : Azrael Revisited · Hang on to a Dream · She Belongs to Me

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Pour aller plus loin

Five Bridges naît d’une commande pour le Newcastle Arts Festival de 1969. La suite relie les images de Newcastle évoquées par Lee Jackson à l’écriture d’Emerson pour trio et orchestre ; l’album place également des morceaux orchestraux enregistrés en concert aux côtés d’adaptations de Dylan, Tchaïkovski et Bach. Il constitue la preuve la plus claire que The Nice avait dépassé l’insertion de citations classiques dans des chansons rock pour concevoir une œuvre de concert complète faisant intervenir plusieurs ensembles.

Elegy, paru après la séparation, et les BBC Sessions ultérieures doivent être considérés comme des prolongements d’archives plutôt que comme de nouveaux chapitres studio. Ils préservent d’autres approches de Dylan, Tchaïkovski et du répertoire central, tandis que les émissions de la BBC documentées entre 1967 et 1970 montrent à quel point les arrangements changeaient en dehors des versions d’album. La réunion de 2002 appartient encore à un autre contexte : le retour d’Emerson, Jackson et Davison avec le soutien du guitariste Dave Kilminster et du Keith Emerson Band.

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Pourquoi leur héritage demeure

The Nice a rendu concevable le trio à claviers comme format rock majeur et montré que le matériau classique pouvait être réarrangé, saturé et contesté plutôt que reproduit avec déférence. Ses enregistrements exposent aussi les risques de cette méthode : la collision entre la voix rugueuse de Jackson, la virtuosité d’Emerson, la liberté rythmique de Davison et l’ampleur orchestrale ne devient jamais parfaitement homogène, ce qui explique précisément pourquoi la musique conserve sa tension.

Ses meilleures œuvres ne sont pas un simple prélude à ELP. Elles préservent un moment psychédélique plus sauvage où l’improvisation de club, la pop concise, la musique de concert commandée et la provocation appartenaient encore au même projet. ELP rendrait certaines de ces idées plus maîtrisées et plus durables commercialement ; The Nice permet de les entendre s’inventer en public.

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Sources et lectures complémentaires

RetroForge Records publie de la musique originale et des guides éditoriaux indépendants. Ce guide historique du groupe n’est affilié ni à l’artiste, ni aux labels, ni aux ayants droit. Aucune pochette d’album sans licence n’est reproduite.

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