Flower Travellin’ Band naît de Yuya Uchida & the Flowers avec une nouvelle formation de quatre membres : Joe Yamanaka au chant et à l’harmonica, Hideki Ishima à la guitare et au sitar, Jun Kozuki à la basse et Joji « George » Wada à la batterie. Leur premier 33-tours, Anywhere, agrandit radicalement quatre chansons importées ; Satori remplace ensuite ce répertoire emprunté par cinq mouvements originaux numérotés.
Le catalogue du quartet est court, mais se laisse exceptionnellement bien entendre comme une séquence. Anywhere documente la transformation, Satori la concentration, Made in Japan la période canadienne et le double album Make Up le contraste entre construction de studio et groupe sur scène. L’album de reformation de 2008, We Are Here, appartient à une phase distincte avec le claviériste Nobuhiko Shinohara.
Flower Travellin’ Band en concert au Knitting Factory en 2008.Photo: Alex Lozupone / Wikimedia Commons · Licensed under CC BY-SA 3.0. Converted to WebP for this page.
Formation et histoire
Yuya Uchida & the Flowers avait enregistré Challenge!, un album dominé par des reprises occidentales. Uchida réorganise ensuite le projet sous le nom Flower Travellin’ Band et passe à un rôle de management et de production. Wada reste des Flowers ; Yamanaka, Ishima et le bassiste Jun Kozuki complètent le quartet qui enregistre Anywhere en 1970 et Satori en 1971.
Le lien canadien commence à l’Expo ’70 d’Osaka, où le groupe rencontre Lighthouse. Flower Travellin’ Band part au Canada en décembre 1970 et travaille depuis Toronto avant de rentrer au Japon le 9 mars 1972. Durant cette période, le groupe se produit au Canada et enregistre Made in Japan au Thunder Sound Studio, avec Paul Hoffert, leader de Lighthouse, parmi les producteurs.
De retour au Japon, le groupe assemble le double album Make Up de 1973 à partir d’enregistrements en studio et d’une performance au Yokosuka Bunka Kaikan. La biographie officielle de Joe Yamanaka désigne le concert de juillet 1973 au théâtre de plein air Maruyama de Kyoto comme la dernière performance de la période originale. La parution de The Times en 1975 est une compilation, non la preuve que le groupe est resté actif jusque-là.
Une reformation est annoncée en 2007 et devient publique en 2008, le claviériste Nobuhiko Shinohara rejoignant les quatre musiciens principaux. We Are Here est enregistré à Toronto et publié en septembre 2008, suivi de concerts au Japon et en Amérique du Nord. L’activité cesse lorsque Yamanaka tombe malade ; il meurt le 7 août 2011.
Son et style
Le son fuzz soutenu d’Ishima fournit souvent à la fois le riff et l’atmosphère. Sur Satori, figures modales, bends et bourdons circulent à travers la basse de Jun Kozuki et la batterie sans hâte de Wada au lieu de reposer sur un accompagnement conventionnel. Le registre très aigu de Yamanaka peut traverser l’ensemble, tandis que son harmonica sur la Partie IV donne au disque une autre couleur abrasive.
Anywhere montre la méthode avant que le groupe ne dispose d’un album entier de matériau original. « Louisiana Blues », « Black Sabbath », « House of the Rising Sun » et « 21st Century Schizoid Man » sont étirés en longues performances ; les deux brèves pièces-titres les encadrent. Satori retire les titres de chansons familiers et relie cinq parties numérotées par des cellules rythmiques récurrentes, de brusques chutes dynamiques et des passages où guitare, basse et batterie partagent la direction.
Made in Japan change encore d’échelle. Ses sessions torontoises produisent huit pistes plus courtes, avec des textures de guitare acoustique et de sitar aux côtés de passages lourds et concis ; Paul DeLong ajoute de la batterie sur une partie de l’album. Make Up place ensuite des pièces de studio à côté de longues performances en concert, préservant la friction entre arrangement contrôlé et ensemble prolongeant le matériau sur scène.
Albums essentiels
1971
Satori
Atlantic · Parution originale de 1971
Satori est le premier album du quartet entièrement composé de son propre matériau : cinq parties numérotées interprétées par Yamanaka, Ishima, Kozuki et Wada, et produites par Yuya Uchida et Ikuzo Orita. La Partie I s’ouvre sur une figure de guitare descendante et une entrée vocale soudaine ; la Partie II construit son identité sur un riff modal tournoyant ; la Partie IV interrompt la texture menée par la guitare avec l’harmonica ; et la Partie V se ferme sur le cycle le plus lent et le plus lourd de l’album. La numérotation compte : ce sont des mouvements apparentés, non cinq tentatives de la même chanson autonome.
Titres clés : Satori Part I · Satori Part II · Satori Part V
Anywhere présente le quartet classique par quatre réinterprétations prolongées plutôt que par un programme d’originaux. Le « Louisiana Blues » de Muddy Waters dure près de seize minutes ; le morceau-titre de Black Sabbath est ralenti et ouvert ; « House of the Rising Sun » et « 21st Century Schizoid Man » de King Crimson sont reconstruits autour de la guitare d’Ishima et du registre de Yamanaka. Deux pièces de moins d’une minute intitulées « Anywhere » forment les serre-livres. L’album s’entend donc surtout comme un disque d’arrangement et de performance, pas encore comme la déclaration de composition que deviendra Satori.
Titres clés : Louisiana Blues · Black Sabbath · 21st Century Schizoid Man
Malgré son titre, Made in Japan est enregistré au Thunder Sound Studio de Toronto. Yuya Uchida et Ikuzo Orita produisent avec Paul Hoffert de Lighthouse ; le batteur canadien Paul DeLong apparaît sur une partie de l’album aux côtés de Wada. Huit pistes plus courtes remplacent l’architecture numérotée de Satori. « Kamikaze » et « Hiroshima » conservent le poids du quartet, tandis que « Unaware », « Aw Give Me Air » et les passages acoustiques révèlent un disque studio plus concis et varié, façonné par les sessions canadiennes.
Make Up n’est pas un cinquième album studio conventionnel. Le double album de 1973 combine du travail réalisé au Mouri Studio de Tokyo avec des enregistrements de concert au Yokosuka Bunka Kaikan. De courtes chansons comme « All the Days » et « Make Up » côtoient donc les longues performances scéniques « Look at My Window » et « Hiroshima ». C’est le document le plus clair de la manière dont le matériau arrangé du quartet changeait sur scène.
We Are Here, publié par Pony Canyon le 17 septembre 2008, est un album de reformation plutôt qu’une suite manquante des années 1970. Le quartet revenu travaille avec le claviériste Nobuhiko Shinohara et enregistre à Toronto cet album de huit pistes et cinquante minutes. Écoutez-le après la séquence originale de quatre albums : sa production, son personnel et ses circonstances historiques appartiennent à un nouveau chapitre.
L’importance de Flower Travellin’ Band s’entend dans la distance entre Anywhere et Satori. En l’espace d’un cycle d’album, le quartet passe d’un répertoire occidental radicalement réarrangé à une œuvre autonome en cinq parties dont la forme dépend du contrôle collectif, non d’une suite de singles.
La période canadienne empêche aussi le groupe d’entrer dans une histoire nationale simple. Les musiciens rencontrent Lighthouse à Osaka, s’installent à Toronto, y enregistrent avec Paul Hoffert puis retournent au Japon pour réaliser un double album à partir de matériau de studio et de concert. Ce mouvement entre les scènes fait partie de l’œuvre elle-même : le catalogue consigne la manière dont quatre musiciens ne cessent de modifier l’échelle et la fonction de la même formation dépouillée.
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