Santana émerge à San Francisco en 1966 et atteint un public international à Woodstock trois ans plus tard. Les premiers disques du groupe unissent guitare électrique issue du blues et orgue Hammond à une section rythmique où batterie, congas et timbales possèdent le même poids structurel.
Le nom recouvre des formations et des directions musicales changeantes, mais l’ensemble de 1969–1971 établit le vocabulaire central. La guitare soutenue de Carlos Santana, l’orgue et la voix principale de Gregg Rolie, la basse de David Brown, la batterie de Michael Shrieve et les percussions de Michael Carabello et José « Chepito » Areas font du groove un arrangement collectif plutôt qu’une simple piste d’accompagnement.
Santana sur une photographie promotionnelle de Columbia Records datant de 1971.Photo : Columbia Records / Wikimedia Commons · Sous licence Domaine public. Convertie au format WebP pour cette page.
Formation & histoire
Carlos Santana forme le Santana Blues Band à San Francisco en 1966. En 1969, le nom raccourci Santana désigne un sextuor signé chez Columbia. Le groupe enregistre son premier album en mai, puis joue à Woodstock le 16 août avant la sortie du disque le 22 août. Le film de « Soul Sacrifice », porté par le long passage de batterie de Shrieve et la figure récurrente de la section de percussions, transforme un groupe encore sans album publié en l’une des grandes découvertes du festival.
Abraxas et Santana III suivent en 1970 et 1971 ; tous deux atteignent la première place aux États-Unis. Le troisième album ajoute le guitariste Neal Schon, âgé de dix-sept ans, et le percussionniste Coke Escovedo à l’ensemble en expansion. C’est le dernier disque du noyau de l’époque Woodstock avant de rapides changements de personnel. Caravanserai s’oriente ensuite vers la fusion jazz et une conception largement instrumentale, plus spacieuse. Santana poursuit son parcours avec d’autres formations et collaborations, une partie du premier groupe se réunissant pour Santana IV en 2016.
Son & style
Les premiers arrangements répartissent le mouvement entre plusieurs musiciens. Brown et Shrieve établissent la base rock et jazz, tandis que les congas de Carabello et les timbales d’Areas créent autour d’eux des accents indépendants. L’orgue Hammond de Rolie peut fournir un vamp rythmique coupant, un lit harmonique soutenu ou une voix soliste. Carlos Santana lui répond souvent par de longues notes chantantes dont l’espace et le maintien contrastent avec les percussions plus denses.
Abraxas rend la méthode particulièrement claire. « Black Magic Woman » passe de l’orgue et du chant de Rolie à « Gypsy Queen », où percussions et guitare modale prennent le relais ; « Oye Como Va » de Tito Puente maintient un vamp syncopé en mouvement continu sous les solos d’orgue et de guitare ; « Samba Pa Ti » supprime entièrement le chant et laisse la mélodie croître sur un groove patient. Sur Santana III, la seconde guitare de Schon et l’équipe de percussion élargie produisent une attaque plus sombre et plus chargée sans effacer la conversation intérieure.
Albums essentiels
1969
Santana
Columbia · Édition originale de 1969
Enregistré à Pacific Recording en mai 1969, le premier album documente le sextuor d’avant Woodstock. « Waiting » passe d’une introduction conduite par l’orgue à une intervention de guitare, « Evil Ways » offre à Rolie une vitrine concise pour le chant et l’orgue, et le « Soul Sacrifice » de studio condense le langage d’improvisation scénique du groupe dans une séquence d’album. Ses neuf titres équilibrent déjà chansons courtes et instrumentaux menés par les percussions.
Le deuxième album s’ouvre sur l’atmosphérique « Singing Winds, Crying Beasts » de Michael Carabello avant d’unir « Black Magic Woman » de Peter Green à « Gypsy Queen » de Gábor Szabó. « Oye Como Va » de Tito Puente et l’instrumental « Samba Pa Ti » révèlent deux emplois différents de la répétition : l’un collectif et syncopé, l’autre spacieux et mélodique. La Bibliothèque du Congrès inscrit Abraxas au National Recording Registry en 2015.
Titres clés : Singing Winds, Crying Beasts · Black Magic Woman/Gypsy Queen · Samba Pa Ti
La seconde guitare de Neal Schon et les percussions de Coke Escovedo élargissent la formation classique sur son dernier album studio. « Batuka » s’enchaîne directement avec « No One to Depend On », transformant une ouverture de percussions et de guitare en morceau chanté étroitement arrangé ; « Toussaint L’Overture » pousse l’ensemble à travers des ruptures nettes ; « Everything’s Coming Our Way » offre une conclusion plus légère avant le morceau de percussion « Para Los Rumberos ».
Titres clés : Batuka · No One to Depend On · Everything’s Coming Our Way
Caravanserai (1972) constitue l’étape suivante décisive. Le chant recule, les pièces s’enchaînent par l’ambiance et les transitions instrumentales, et Tom Rutley, Doug Rauch, Neal Schon ainsi que plusieurs percussionnistes aident à orienter le groupe vers la fusion jazz-rock. Ce n’est pas une suite mineure des trois premiers albums, mais un changement de principe d’organisation.
Le « Soul Sacrifice » de Woodstock reste le film le plus clair de la mécanique scénique du premier groupe : des figures répétées de basse et de percussion soutiennent guitare, orgue et mise en avant de la batterie de Shrieve sans figer l’interprétation dans un arrangement de studio fixe. Live at the Fillmore 1968, publié en 1997, remonte plus loin et montre comment cette méthode collective sonnait avant le premier album Columbia.
Santana a transformé ce que pouvait contenir la section rythmique d’un groupe de rock à succès commercial. Congas et timbales n’étaient pas une couleur ajoutée : ils contribuaient à déterminer la forme des chansons, les transitions et l’espace d’improvisation. Les trois premiers albums inscrivent ce dessin rythmique dans des singles concis comme dans de longs instrumentaux, tandis que le son de Carlos Santana donne à l’ensemble changeant un centre mélodique immédiatement reconnaissable.
Cette histoire résiste également à l’idée d’un unique son « classique » figé. Caravanserai remplace une grande partie du cadre rock vocal initial par la fusion ; les décennies suivantes traversent d’autres formations et collaborations ; Supernatural marque un grand retour dans les classements en 1999. Le Rock & Roll Hall of Fame intronise les six membres de la formation de l’époque Woodstock en 1998, reconnaissant la réussite d’un ensemble plutôt que la seule guitare.
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